Allemagne: la croissance repart, la précarité aussi

ECONOMIE Tous les indicateurs économiques sont au vert mais le nombre de travailleurs pauvres augmente...

Elsa Meyer
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Le drapeau de l'Allemagne flottant sur le Bundestag, le Parlement allemand.
Le drapeau de l'Allemagne flottant sur le Bundestag, le Parlement allemand. — A. DOUGLAS/SIPA

L’Allemagne affiche une croissance à faire pâlir d’envie ses voisins européens. Le PIB a augmenté de 2,2% au deuxième trimestre 2010, contre 1% en moyenne dans la zone euro et 0,6% pour la France.

Après une récession plus marquée que dans le reste de l’UE l’année dernière, la reprise a été d’autant plus forte outre-Rhin. Une performance qui s’explique par un modèle économique dynamique mais qui cache aussi une précarité galopante.

Les exportations boostent la croissance

L’investissement mais surtout les exportations ont à nouveau tiré le PIB allemand vers le haut. Avec le retour de la demande mondiale, les exportations du «made in Germany» ont retrouvé leur niveau d’avant crise.

Le taux de chômage continue de son côté de baisser. Selon les derniers chiffres du gouvernement, il est tombé à 7,5% en juillet contre 8,2% l’année dernière.

Travailleurs pauvres

Si tous les indicateurs économiques sont au vert, ils cachent cependant une situation sociale beaucoup moins idyllique. En dix ans, le nombre de travailleurs pauvres a augmenté de près de deux millions, selon une étude de l’Institut du travail de l’université de Duisbourg-Essane publiée au début du mois.

Plus de 6,5 millions de personnes en Allemagne, soit près de 20% des travailleurs, toucheraient ainsi moins de 10 euros brut de l'heure,
Parmi eux, 2 millions d'employés gagnent même moins de 6 euros de l'heure et ils sont nombreux, dans l’ex-RDA, à vivre avec moins de 720 euros par mois pour un temps complet.

Hausse du temps partiel

Des chiffres qui s’expliquent d’abord par le recours massif au temps partiel. L’Allemagne affichait déjà avant la crise l’un des taux les plus élevés d’Europe: 26% de sa population active était ainsi à temps partiel en 2007, contre 17% en France, selon l’Insee.

Pour éviter les licenciements, Angela Merkel les a vivement encouragés depuis deux ans. Les entreprises allemandes ont aussi préféré garder leurs employés sous la main en attendant des jours meilleurs plutôt que de les mettre à la porte. 
 
Baisse et gel des salaires

Les mesures prises par les gouvernements successifs pour améliorer la compétitivité ont aussi tiré vers le bas les rémunérations. Car contrairement à la France et à beaucoup d’autres pays de l’UE, l’Allemagne n’a pas de salaire minimum. Celui-ci est fixé par négociations salariales dans chaque branche d’activité.

En période de crise, nombre d’employés ont préféré des baisses de salaires par crainte des licenciements. Le plus puissant syndicat allemand, IG Metall, a ainsi accepté cette année un gel des rémunérations pour préserver 3 millions d’emplois.

Il a déjà fait savoir qu’il réclamerait des augmentations «significatives» lors des prochaines négociations à l’automne maintenant que la croissance était de retour.