Comment Laurence Parisot est revenue en grâce

ELECTION Elle a décroché un second mandat à la tête du Medef, malgré les critiques...

Maud Pierron

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MEIGNEUX/SIPA

«S’il y avait un dixième du talent de l’état-major de la CGT au Medef, les choses iraient mieux...» Signé Alain Minc, conseiller de Nicolas Sarkozy et grand patron influent, en décembre dernier. «Quand les gens en France n'ont pas fait un bon mandat, ils veulent généralement en faire un second», ironisait début mai Denis Kessler, PDG de Scor et ancien vice-président du Medef. Pendant six mois, Laurence Parisot a essuyé une forte houle, avec accusations d’un exercice trop «hégémonique» du pouvoir, de gestion «paranoïaque» ou trop éloignée des préoccupations des petits patrons... Et pourtant, ce jeudi, la patronne des patrons a été élue à la tête du Medef pour un second mandat de trois ans. Avec 93,58% des voix, soit 458 voix sur 488 votants. Un score stalinien logique puisque l’ancienne présidente de l’Ifop était seule en lice.

Pourtant, ils étaient nombreux à vouloir barrer sa route. Pour certains - tels Anne Lauvergeon, la présidente d’Areva, Denis Kessler, Xavier Fontanet, le patron d’Essilor ou Geoffroy Roux de Bézieux, jeune patron de Virgin Mobile – l’idée n’a jamais dépassé le stade de l’intention. D’autres ont fait acte officiel de candidature, comme Thibault Lanxade, le patron de la start-up Aqoba et Sophie de Menton, la patronne du mouvement des PME Ethic, avant de se retirer.

Deux actes forts

Comment Laurence Parisot a-t-elle retourné la situation? Déjà, malgré les critiques, elle n’a jamais ployé, se targuant au contraire d’avoir «métamorphosé l'image du patronat», contribué à la moralisation de la vie des affaires, en instaurant notamment un code éthique pour encadrer les rémunérations des dirigeants ou obtenu la fin de la taxe carbone. Mais deux actes forts expliquent son nouveau mandat. Le premier est un geste politique à l’égard de l’UIMM, la puissante fédération avec qui elle est en froid depuis 2008 et les scandales des retraits suspects d’argent liquide. Deux ans de passe d’armes font que la métallurgie veut la peau de Parisot, du moins un remplaçant. En janvier 2010, la patronne de l’organisation patronale décide de rendre à l’UIMM la commission sociale, l’une des plus importantes et symboliques au Medef, qu’elle lui avait retirée en 2008, un acte vécu comme une humiliation. Et comme la fédération métallurgiste n’a pas réussi à se trouver un candidat – Roux de Bézieux s’est désisté – elle s’est rangé au final, sans enthousiasme, derrière Laurence Parisot.

Deuxième moment clé: en avril dernier, Maurice Lévy, le président de l’influente Afep (Association française des entreprises privées) lui fait un cadeau. «Laurence fait un travail magnifique dans des circonstances qui ont été extrêmement difficiles. J'ai dit que ça a été un sacerdoce, je le maintiens», déclare le patron de Publicis. Un soutien net. Dès lors, tout le monde, au sein du patronat, comprend que Laurence Parisot sera réélue et les challengers ont jeté l’éponge.

A 50 ans, Laurence Parisot, première femme à avoir pris la tête du patronat français, a su le garder. Après le vote, elle s’est dite «émue» et «profondément honorée». «Je ne reviens pas de loin. Certains ont voulu faire croire que j'étais affaiblie. Mais ce qui était frappant, c'est que les attaques venaient de l'extérieur du mouvement», s’est-elle défendue.