une montée énergique de la précarité

gilles wallon

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Ils sont victimes de « précarité énergétique ». Et ils sont entre 3 et 5 millions, chaque mois, à consacrer plus d'un dixième de leur budget à payer le gaz et l'électricité. La crise accentue leur fragilité, alors que le prix du gaz augmente aujourd'hui de 5 % en moyenne (+ 15 % depuis le début de l'année). Une facture trop élevée, et tout peut basculer : impayés, rappels, conflit, coupure.

300 000 coupures en 2010
Depuis le début de l'année 2010, 110 000 consommateurs ont vu leur approvisionnement coupé par GrDF, le gestionnaire de la distribution de gaz naturel. Le chiffre pourrait grimper à 300 000 à la fin de l'année. C'est trois fois plus que l'an dernier et trente fois plus qu'en 2008. Sandy, mère de 5 enfants, en plein divorce, n'avait pas réglé 1 000 € d'arriérés. Elle a vu son gaz coupé cet hiver : plus d'eau chaude ni de chauffage par un temps glacial, à Boulogne-sur-Mer. Véronique, infirmière célibataire et mère de trois grands enfants, voyait les factures s'empiler, sans savoir comment s'en sortir.
Le médiateur de l'énergie les a aidées à faire face. En cas de litiges, ou de situations désespérées, cette structure indépendante joue les intermédiaires entre fournisseurs et consommateurs. Elle vérifie les dossiers, établit des échéanciers de paiement, collabore avec les services sociaux. « Les plus précaires sont doublement punis », constate Bruno Echevin, délégué général. « Ils habitent dans des passoires énergétiques, qu'ils chauffent pour rien. » Les services du médiateur l'assurent : les prix vont continuer à augmenter. « C'est inévitable, assène Brune Lèchevin. Il faut de nouveaux dispositifs pour aider les plus fragiles. » Les aides existantes sont mal connues. Comme les tarifs sociaux protecteurs, de - 30 à - 50 % sur les factures. Un million de consommateurs y ont droit pour le gaz, mais 300 000 seulement en bénéficient.