Pourquoi le gouvernement veut geler les salaires des fonctionnaires

BUDGET Les dépenses de personnel représentent 1/3 des dépenses de l’Etat en 2010...

Elsa Meyer

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Manifestation des fonctionnaires à Paris en janvier 2010 contre les suppressions de poste.
Manifestation des fonctionnaires à Paris en janvier 2010 contre les suppressions de poste. — CHAMUSSY/SIPA

Le gel ou la baisse des salaires des fonctionnaires sont à la mode en Europe. Pour réduire leurs déficits, la plupart des pays européens n’hésite pas à tailler dans leurs dépenses de personnel.

La France ne devrait pas faire exception avec pour objectif de réaliser plusieurs milliards d’euros d’économies.

Gel de l’indice

François Fillon et le ministre du Travail, Eric Woerth, sont restés flous. S’ils n’ont pas formellement annoncé un gel des salaires des fonctionnaires en 2010, la hausse de 0,5% initialement prévue pour le 1er juillet pourrait bien passer à la trappe.

Une chose est quasiment sûre en tout cas: l’indice, qui sert de base de calcul aux rémunérations dans la fonction publique, devrait stagner pour la période 2011-2013.

36,7% des dépenses

Car dans un climat de rigueur nationale, les dépenses de personnel sont en ligne de mire. Avec 5 millions de fonctionnaires, elles représentent à elles-seules 36,7% des dépenses de l’Etat en 2010, selon la loi de Finances.

La hausse de 1% du point d’indice coûte ainsi près de 1,8 milliard d’euros pour les trois fonctions publiques (Etat, territoriale, hospitalière), d’après les derniers chiffres de la Cour des comptes. Une augmentation de 0,5% entraînerait une dépense d’un milliard d’euro, selon les estimations de la Direction générale de l'administration et de la fonction publique.

Si la hausse de 0,5% était gelée dès cette année et jusqu’en 2013, Bercy pourrait donc espérer économiser quelque 4 milliards d’euros.

D’autres pays ont déjà activé ce levier dans leur plan d’austérité. Le Portugal va faire stagner les salaires de ses fonctionnaires, la Grèce supprimer leur 13e et 14e mois et l’Espagne diminuer leur rémunération de 5% en moyenne.

«Nous sommes furieux»

Mais ces comparaisons européennes ne font pas mieux passer la pilule auprès des syndicats qui participent actuellement aux négociations salariales dans la fonction publique.

«Nous sommes furieux. Le gouvernement nous a assuré qu’il tiendrait ses engagements pour 2010 et il nous explique maintenant que la hausse minimale de 0,5% n’aura pas lieu au 1er juillet», s’insurge Anne Baltazar, secrétaire générale de FO-fonctionnaires, interrogée par 20minutes.fr.

Réforme des retraites

D’autant que les agents publics sont déjà mis à rude épreuve avec la réforme des retraites. Le gouvernement a annoncé une hausse progressive de leurs cotisations (de 7,85% à 10,55%) pour les aligner sur celles du privé.  Et le secrétaire d’Etat à la fonction publique, Georges Tron, a déjà prévenu: il n’y aura aucune compensation avec une revalorisation des salaires.

«Entre l’augmentation des cotisations retraites et le gel de l’indice jusqu’en 2013, nous estimons que les fonctionnaires vont perdre 7% de pouvoir d’achat», explique Anne Baltazar. «Ce n’est pas qu’une question pour la fonction publique. La reprise économique sera mise à mal si ces ménages ne peuvent plus consommer, faute de pouvoir d’achat», analyse-t-elle.