Grève des médecins généralistes: «Les jeunes générations ne veulent plus exercer ce métier»

INTERVIEW Claude Leicher, président du premier syndicat des médecins généralistes, explique à 20minutes.fr les raisons de la mobilisation...

Propos recueillis par Elsa Meyer

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Claude Leicher, president du syndicat des Medecins Generalistes (MG) lors du congres des medecins generalistes à Lille en mars 2010.  
 
Claude Leicher, president du syndicat des Medecins Generalistes (MG) lors du congres des medecins generalistes à Lille en mars 2010.    — B. CHIBANE/SIPA

La porte de votre médecin généraliste sera sûrement fermée ce vendredi. Un appel à la grève a été lancé par plusieurs organisations syndicales.

Le président du premier syndicat des médecins généralistes, MG France, Claude Leicher, explique à 20minutes.fr les raisons de ce mouvement de colère.
 
Pour quelles raisons appelez-vous les médecins généralistes à faire grève ce vendredi?
La situation démographique et les conditions de travail des médecins généralistes se sont profondément dégradées ces dernières années. Au total, 3.000 à 5.000 départs en retraite sont prévus cette année, contre seulement 300 à 500 nouvelles installations. Le déséquilibre est tel que dans certaines régions rurales, petite villes de province ou banlieues parisiennes, l’accès aux soins est devenu très difficile pour les populations.
 
Comment expliquez-vous cette désertion des médecins généralistes?
Les jeunes générations ne veulent plus exercer ce métier. La rémunération est la moins élevée de toutes les spécialités médicales, les horaires sont très lourds, le métier n’est pas reconnu et les médecins généralistes subissent un harcèlement administratif de la part des Caisses d’assurance maladie.
 
Qu’entendez-vous par là?
Aujourd’hui, les Caisses font du zèle non pour réduire la dépense publique mais pour montrer qu’elles débusquent les fraudeurs. Tous les médecins sont coupables selon elles et nous devons sans cesse prouver notre bonne foi. Un exemple: nous remplissons la feuille de médecin traitant que le patient doit ensuite envoyer aux Caisses. Souvent, ce document est perdu par la Sécu mais c’est à nous que cette dernière demande des comptes.
 
Au niveau de la rémunération, les médecins généralistes ont déjà obtenu une hausse du tarif de la consultation de 22 à 23 euros au 1er janvier prochain. Quel montant souhaitez-vous?
Nous gagnons actuellement 26 euros net de l’heure. Nous ne demandons pas forcément une augmentation du tarif de la consultation, il faut qu’elle reste accessible. Mais le gouvernement pourrait augmenter par exemple le forfait médecin traitant. Nous le percevons pour tous les assurés à partir de 16 ans: il pourrait être généralisé dès la naissance. Ce forfait devrait aussi être modulé selon les zone géographiques: le montant serait plus élevé dans les régions où les besoins sont importants et réciproquement.  Nous demandons aussi des moyens pour mieux travailler en collaboration avec les autres spécialités médicales. Tous les pays d’Europe ont investi dans la médecine de proximité. Il faut que la France s’y mette.