Réforme des retraites: comment taxer les riches sans les faire fuir?

ECONOMIE La participation «des plus fortunés de notre pays» au financement des pensions risque de provoquer un nouvel exode...

Corentin Chauvel

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Des billets de 500 euros.
Des billets de 500 euros. — Photo Flickr CC/ By 1Suisse

François Fillon a fait savoir lundi que la réforme des retraites allait comporter «une contribution» de «ceux qui sont les plus fortunés de notre pays». Trois ans après l’instauration du bouclier fiscal pour éviter l’évasion des contribuables français les plus riches et surtout les faire revenir, la crise est passée par là et la chasse aux hauts revenus est rouverte.

«En France, on n’aime pas ceux qui réussissent et il est fréquent de montrer les riches du doigt avec la volonté de les taxer», indique à 20minutes.fr Philippe Crevel, économiste au Cercle des Epargnants. Mais comment éviter de les faire fuir avec ces nouvelles contraintes fiscales?

«Les riches sont déjà partis»

«Les riches sont déjà partis et très peu d’entre eux sont revenus grâce au bouclier fiscal», tranche Philippe Crevel, qui estime ainsi ce dernier «inefficace». Le dispositif instauré en 2007 est plus ou moins remis en cause ces derniers temps, au sein même de la majorité présidentielle. Pas de quoi rassurer les plus fortunés donc. Mais «le riche n’est pas dupe de l’instabilité de la législation», assure Philippe Crevel. D’où le très faible taux de retour au bercail.

Selon Mathieu Plane, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économique (OFCE), il faudrait avant tout «une harmonisation fiscale de la taxation du capital au niveau européen», histoire d’éviter, dans un premier temps, le risque de délocalisation. Contrairement aux revenus, le capital, lui, est «très mobile».

La suppression de l’ISF en question

En attendant, certains hommes politique de droite, comme le sénateur centriste Jean Arthuis et le député UMP Philippe Marini, proposent depuis longtemps de supprimer le symbolique Impôt de solidarité sur la fortune (ISF), tout en ajoutant une tranche supérieure à l’impôt sur le revenu.

«Ce serait supprimer un impôt pour en créer un autre, pénalisant le travail et favorisant les rentiers», explique Philippe Crevel. Cette solution, qui commence à faire des émules à gauche, «frapperait le haut de la classe moyenne, celle qui n’a pas les moyens de s’expatrier».

Nouvelle tranche d’impôt, rabotage des niches fiscales

Une aubaine pour les plus riches? Sans doute, mais supprimer l’ISF, qui rapporte peu (3,5 milliards d’euros en 2009) à l’Etat, «n’est pas une priorité», assure Mathieu Plane. De plus, celui-ci est déjà confronté à un certain nombre de montages fiscaux qui permettent aux plus aisés de s’affranchir d’une bonne partie de l’impôt. Par exemple, investir des fonds dans une PME fait bénéficier de déductions. Or «le type d'entreprise n'est pas conditionné», précise l'économiste de l'OFCE. Il n'est donc pas interdit de réinvestir dans sa propre entreprise afin de payer moins d'ISF!

A priori, l’ajout d’une nouvelle tranche de l’impôt sur le revenu et un rabotage des niches fiscales seraient, d’après les économistes, les mesures envisagées par le gouvernement. «Ce n’est donc pas le moment de revenir», prévient Philippe Crevel. Joint par 20minutes.fr, l’économiste Thomas Piketty, propose lui une solution radicale pour retenir nos compatriotes les plus fortunés: «Il faut leur retirer leur passeport».