Boubou Made In China

Thibaud Vadjoux

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Pour faire face à la crise mondiale qui s'est propagée au continent africain, le président sénégalais Abdoulaye Wade a appelé les pays africains à renforcer leurs relations avec l'Asie, notamment la Chine et l'Inde, puisque "l'Europe se désengage de l'Afrique". Il a tenu ces propos lors des assemblées annuelles de la Banque Africaine de Développement (BAD) qui se sont déroulées cette semaine.

Cet appel confirme le resserrement des liens économiques entre la Chine et l'Afrique qui s'est accéléré depuis le début des années 2000. La montée en puissance de la Chine en Afrique est venue bousculer les relations historiques du continent avec les pays européens. Elle est donc souvent perçue comme une stratégie économique de captation des ressources du continent. Certes, la Chine est intéressée par les ressources africaines. Mais les relations commerciales qu'elle a instauré avec les pays africains font dire aux acteurs français de la coopération que son arrivée est, au contraire, globalement une bonne nouvelle.

"La stratégie chinoise en Afrique est cohérente et bénéfique au continent. Les entreprises chinoises participent à l'emploi local. L'offre de biens et services chinois bon marché a contribué à la baisse des tensions inflationnistes. En plus d'être un important fournisseur du continent africain, la Chine est aussi un acheteur de premier plan de ses matières premières", soutenait Jean-Michel Severino, directeur général de l'Agence Française de Développement (AFD), jeudi 14 mai, lors d'une conférence de presse présentant le bilan 2008 de l'institution financière.

Les Chinois du Bénin et du Mali

Sur le terrain, les acteurs du développement confirment cette vision. Dans un document de travail de l'AFD intitulé "La présence chinoise en Afrique de l'Ouest: le cas du Mali et du Bénin", les auteurs montrent ainsi la forte pénétration des produits chinois en Afrique. Au Bénin et au Mali, "les produits en provenance de Chine dominent aujourd'hui le marché domestique. Ce sont des produits de grande consommation (motos, tissu, prêt à porter, chaussures, médicaments, ustensiles de vaisselle en plastique…) fortement appréciés pour leur prix très bas mais dont la mauvaise qualité est localement décriée", note le document.

Le développement du commerce a ainsi permis à la Chine de devenir le premier fournisseur commercial de l'Afrique subsaharienne.

Les commerçants chinois profitent d'un avantage compétitif fort en travaillant le plus souvent en contact direct avec les producteurs chinois qui les approvisionnent. Les industries chinoises s'efforcent d'adapter une partie de leur production au marché africain. "Dans le secteur du tissu, les entreprises chinoises produisent les pagnes colorés traditionnels en réalisant des copies fidèles des motifs récents conçus par les marques d'origine (aux Pays-Bas) et offrent un produit final de faible qualité mais à un prix défiant toute concurrence", cite l'étude.

Un meilleur niveau de vie pour leurs familles

Depuis l'ouverture des frontières chinoises et la libéralisation du commerce, l'Afrique constitue pour la Chine un territoire d'immigration avec des sérieuses opportunités.

Les migrants chinois correspondent à des profils relativement "ordinaires" ayant pour objectif "d'accéder à un meilleur niveau de vie pour leurs familles", souligne les auteurs de l'étude. La migration chinoise ne correspond pas "à la mise en œuvre structurée et systématique d'une stratégie politique et économique de l'Etat chinois mais à un phénomène décentralisé".

Selon l'étude, la venue des Chinois au Mali et au Bénin est motivée dans les scénarios le plus fréquents par des contrats dans des entreprises du Bâtiment et des Travaux Publics, dans les activités d'hôtellerie en tant qu'employé et dans les sociétés d'import/export.

Attirés à la fois pour l'accès au marché africain et aux ressources naturelles du continent, les entrepreneurs chinois rejoignent aussi bien les grandes entreprises publiques installées en Afrique que le secteur privé. "Il nous semble que le resserrement des relations politiques sino-maliennes et sino-béninoises, même s'il est effectif, ne doit pas accaparer l'attention. Le rôle du secteur public, support principal de la politique chinoise en Afrique, est trop souvent exagéré", relativisent les auteurs.