Fiat veut mettre la main sur Opel

Anne-Sophie Galliano

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Fiat voit grand. Après avoir scellé son accord avec Chrysler qui lui ouvre le marché américain, il veut négocier avec les autorités allemandes la reprise de General Motors Europe, qui comprend Saab mais surtout Opel. S'il parvient à rafler la mise, Fiat créera un nouvel ensemble générant un chiffre d'affaires de 80 milliards d'euros pour la vente de 6 à 7 millions de véhicules.

Il arracherait ainsi la place de premier constructeur européen, devançant de loin les Français, PSA Peugeot Citroën et Renault, avec près de 3 millions de véhicules chacun. Après l'alliance avec Chrysler, cela sera un nouveau coup de maître pour Sergio Marchionne, patron de Fiat.

Pourtant fin 2008, le constructeur italien ne donnait pas l'impression de vouloir endosser l'habit du prédateur. En décembre, avec la crise, Sergio Marchionne envisageait le pire. Pour lui, c'était sûr, il ne resterait qu'une poignée de constructeurs dans le monde, dont un américain, un japonais, un euro-japonais, et peut-être un autre européen. Le patron l'assurait, Fiat ne sera pas un survivant de la crise.

Pessimiste, la porte de sortie du constructeur était clairement une fusion. Mais les appels du pied de Fiat auprès de PSA Peugeot Citroën sont restés lettre morte. Dès janvier 2009, Serge Marchionne change son fusil d'épaule: de proie potentielle il devient un prédateur désargenté mais culotté.

Son alliance avec Chrysler lui permet de pénétrer un des plus gros marché mondial, avec plus de 10 millions d'unités. Et surtout un marché en quête d'un nouveau souffle. Fini les grosses voitures consommatrices de carburant, les Américains veulent de plus petites voitures, plus écologiques. Pour Fiat, c'est une aubaine.

D'autant plus que l'aventure n'est pas risquée: l'Italien ne débourse pas un centime pour les 20% du capital de Chrysler, l'accord reposant sur un échange de technologies.

En revanche, pour racheter General Motors Europe, et particulièrement Opel, Fiat va devoir mettre la main au portefeuille. Selon IG Metall, il serait prêt à débourser au minimum 750 millions d'euros pour Opel. "Fiat a relevé un peu son offre à 1 milliard d'euros", a assuré pour sa part Rainer Einenkel, responsable du comité d'entreprise de l'usine de Bochum (ouest de l'Allemagne). C'est une somme pour un groupe qui n'est pas épargné par la crise. Sa dette s'est élevée à 6,6 milliards d'euros fin 2008. Néanmoins, sa trésorerie atteint 5,1 milliards d'euros, un niveau qui pourrait lui permettre quelques folies afin de devenir le numéro un européen.

Et Fiat pourrait se contenter d'une part minoritaire autour des 20% avant de monter plus en avant dans le capital. Une solution que pourrait privilégier le gouvernement allemand, qui recherche désespérément des investisseurs pour Opel, condition pour qu'il l'aide financièrement. D'ailleurs, le ministre de l'Economie Karl-Theodor zu Guttenberg a révélé quelques détails du pan de Fiat: le constructeur compterait garder trois des quatre usines d'Opel en Allemagne et conserver la marque. Le ministre a aussi révélé que "Fiat voulait réaliser (la reprise d'Opel) sans contracter de dettes", mais pourrait solliciter des garanties d'Etat dans toute l'Europe pour combler un besoin de financement de "5 à 7 milliards d'euros".

Le projet semble intéresser l'Allemagne, mais Fiat, n'est pas seul sur les rangs.