Rapprochement avec Fiat: à quoi Opel doit-il s'attendre?

Guillaume Guichard

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A quoi ressemblerait Opel, une fois uni à Fiat? Le groupe italien serait prêt à débourser un milliard d'euros afin d'obtenir la main de la belle. Mais syndicats et politiques allemands s'inquiètent sur le sort qui serait alors réservé à la mariée. Ils craignent une restructuration massive et des suppressions d'emplois par dizaines de milliers. Fiat tente de les rassurer. Il se serait engagé, d'après le gouvernement allemand, à conserver trois des quatre usines allemandes d'Opel ainsi que le siège.

Mais, vu les objectifs du prétendant -un milliard d'euros d'économies par an grâce à des synergies, Opel pourrait subir une cure d'amaigrissement. "Fiat essaie de constituer un groupe à la Volkswagen, avec des plateformes automobiles partagées, construites dans des usines communes", analyse Bernard Jullien, directeur du Gerpisa. "Fiat se spécialiserait dans les segments où il est le meilleur, à savoir les petites voitures, et Opel se concentrerait sur les berlines grandes et moyennes". Traduction en termes d'emplois: 9.000 suppressions de postes chez Opel, d'après des estimations du Financial Times.

Ces chiffres sont à prendre avec des pincettes. "Comme Opel est intégré dans l'entité GM Europe, personne n'a une idée précise de sa structure de coût", souligne un analyste allemand. "Il est donc difficile d'estimer l'ampleur des synergies réalisables".

Une chose est sûre cependant: les sous-traitants devraient plus souffrir que le constructeur. "Le cœur de l'emploi se trouve chez eux: Opel emploie 30.000 personnes, les sous-traitants 60.000", rappelle Bernard Jullien. "Fiat va vouloir centraliser les achats et favoriser ses équipementiers maison, comme Magneti Marelli qu'il détient à 100%".

Opel pourrait donc espérer un meilleur prétendant que Fiat. "Cela aurait été plus valorisant pour lui de se voir courtiser par PSA Peugeot Citroën: techniquement, c'est un meilleur constructeur que Fiat", juge Bernard Jullien. Mais l'Italien peut se targuer de bien connaître la mariée: ils ont déjà collaboré, au début des années 2000, lorsque Fiat s'est rapproché de GM. Mais la mayonnaise n'avait pas pris et les noces avaient été rompues.

Mais Opel peut s'estimer heureux d'intéresser un constructeur: ce n'était pas gagné d'avance. "Les constructeurs européens ont pu se dire, au vu des difficultés d'Opel, qu'il fallait laisser mourir ce concurrent qui produit 1,1 million de véhicules alors que l'industrie automobile européenne souffre de surcapacité", décrypte Bernard Jullien. En clair, cela aurait fait de la place pour les survivants. Finalement, Fiat apparaît comme le chevalier blanc.