Filière porcine: une crise qui arrive au mauvais moment

Guillaume Guichard

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L'ampleur que prend l'épidémie de grippe porcine fait trembler la filière française du porc. "Nous craignons une répercussion sur la consommation de porc pour des raisons psychologiques", reconnaît Didier Delzeaux, directeur de l'Ina-Porc, l'interprofession nationale porcine. "Mais du point de vue zootechnique, il n'y a aucun risque de contamination par absorption de viande de porc, même si l'expression grippe "porcine" peut jeter un doute dans l'esprit du consommateur".

Les crises sanitaires, la filière animale les connaît trop bien, entre l'encéphalite spongiforme bovine (ESB) en 1996 et la grippe aviaire en 2006. A chaque coup, les producteurs doivent encaisser une baisse de la consommation. "En 1996, nous avons subi du jour au lendemain une dégringolade de 80% des ventes de viande bovine à cause de l'épizootie", se rappelle Didier Delzeaux. Et pour la grippe porcine, de combien sera la chute? "Je ne m'attends pas à une grosse baisse cette fois-ci, parce que nous expliquons qu'il n'y a pas de risque à manger du porc", avance le responsable professionnel.

La filière porcine n'avait pas besoin de cette nouvelle crise sanitaire: elle se trouve déjà dans une situation difficile. "La hausse des prix des matières premières enregistrée ces dernières années n'a pas été répercutée sur les prix de vente", explique Didier Delzeaux. Ainsi, le coût de revient des éleveurs a augmenté de 22% en 2008 à cause de l'explosion des prix des céréales, nourriture des porcs qui compte pour 60% des coûts de revient. Certes, le cours du porc a gagné 12% sur la période, mais cela est resté insuffisant.

"Le prix du porc net payé à l'éleveur a été inférieur d'environ 20 centimes au coût de revient moyen", écrit Christiane Lambert dans son rapport sur la formation des prix alimentaires remis au Conseil économique, social et environnemental (CESE). A cause de la surproduction au niveau européen. Pour venir en aide à la filière française, le gouvernement avait annoncé un plan de 33 millions d'euros début 2009. Michel Barnier a aussi alerté la Commission européenne, dimanche: "Je demande à la Commission européenne de bien mesurer la gravité de la situation dans cette filière et notamment de nous aider en activant des soutiens aux exportations".

Et si, dans cette situation, la filière porcine française et européenne profitait de la grippe porcine? Si les Etats-Unis, gros producteur de viande et touchés par la grippe porcine, voient leurs exportations de porc bloquées, cela pourrait créer de nouveaux débouchés sur les marchés mondiaux pour les Européens. "Le malheur des uns peut faire le bonheur des autres", reconnaît Didier Delzeaux. "Mathématiquement, l'application du principe de précaution envers les Etats-Unis pourrait, sur le court terme, modifier la structure des échanges internationaux". Encore faut-il que la filière européenne ne soit pas aussi touchée par l'épizootie.