La grippe porcine fait reculer les cours du pétrole

CV avec AFP

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Les effets d'une menace de pandémie de grippe porcine sont vastes. Les cours du pétrole chutaient de deux dollars ce lundi en début d'échanges européens en raison d'une crainte sur une baisse du trafic aérien et de l'impact de la nouvelle sur les Bourses, baromètres des perspectives de demande pétrolière.

Vers 12h à Paris, le Brent de la mer du Nord pour livraison en juin perdait 2,31 dollars à 49,36 dollars le baril. A New York, le baril de "light sweet crude" pour la même échéance lâchait 2,59 dollars à 48,96 dollars.

"La semaine commence dans la panique, et la panique n'est jamais bonne conseillère", a commenté Olivier Jakob, fondateur du cabinet Petromatrix, tout en admettant qu'une "pandémie importante pourrait avoir de fortes répercussions sur la demande".

Les Bourses européennes ont ouvert en baisse ce lundi dans un climat de tensions face aux risques de pandémie de grippe porcine, avec notamment une chute des actions des compagnies aériennes et des groupes touristiques.

Leur repli affecte le marché pétrolier de deux façons : les opérateurs craignent que le repli de la consommation mondiale de carburants ne s'accentue avec une nouvelle chute du trafic aérien. Et plus généralement, une pandémie pourrait compromettre encore les chances de rétablissement de l'économie mondiale, craint-on.

"Mais les changements de prix en réponse aux actions ou au dollar ne sont que du vent. Ce qui compte, ce sont les changements en termes d'offre et de demande", estime Eugen Weinberg, analyste chez Commerzbank. Or, au tableau de la consommation, presque tous les voyants sont passés au rouge : les stocks américains de brut sont au plus haut depuis 19 ans; ceux de l'OCDE ont fortement étoffés -selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), ils représentent 61,6 jours de consommation, un niveau très supérieur à la moyenne sur cinq ans--; la demande mondiale devrait enregistrer une forte baisse cette année. Enfin, le deuxième trimestre, qui correspond au printemps dans l'hémisphère nord, est traditionnellement une période de moindre demande.

L'Opep a taillé à plusieurs reprises dans son offre, pour un total de 4,2 mbj fin 2008. Selon le cabinet viennois JBC Energy, "le groupe a fait preuve d'une cohésion remarquable et réussi à mettre un plancher sous les prix du brut en réduisant la production d'environ 3,5 millions de barils par jour (mbj)", soit 84% des baisses de production promises.

"La combinaison de réductions de production appliquées par l'Opep et la détérioration des perspectives de production hors Opep suggère que l'offre disponible sera réduite pendant la seconde moitié de l'année", estime ainsi Francisco Blanch, de la banque Merrill Lynch, ajoutant : "Bien que le marché du pétrole soit trop approvisionné, le rapport offre demande devrait se resserrer par la suite".

La semaine dernière, les prix du pétrole avaient fini en nette hausse à New York, stimulés par l'affaiblissement de la monnaie américaine, qui rend les matières premières plus attrayantes, et par la progression des places boursières.