Automobile: bientôt un constructeur sans usine?

Guillaume Guichard

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Vendre des voitures sans les construire soi-même. C'est le plan, inhabituel dans le secteur automobile, de Black Oak, un fonds d'investissement américain pour relancer Saturn. Cette marque a été mise en vente par General Motors, qui, au bord de la faillite, veut s'en débarrasser.

Le plan de Black Oak est simple: ne conserver de Saturn que sa marque et son réseau de distribution. Adieu, par contre, les chaînes de fabrication. Comment vendre des voitures sans avoir les capacités de les produire? En sous-traitant. Le fonds d'investissement veut se fournir dans un premier temps chez GM, qui conserverait pendant environ trois ans les usines Saturn avant de les fermer.

Black Oak prévoit ensuite d'importer des véhicules construits par des constructeurs étrangers et de leur apposer la marque Saturn. Plus précisément, il compte se concentrer sur "des voitures diesels propres, électriques et peu consommatrices", a expliqué à la presse John Pappanastos, porte-parole du fonds. Bref, tout ce que ne savent pas faire les constructeurs américains.

Au final, débarrassé des coûts fixes engendrés par les usines, le nouveau Saturn n'aurait besoin de vendre qu'entre 100.000 et 250.000 véhicules pour être rentables, affirme Black Oak. En 2008, la marque a écoulé 188.000 unités.

Cette stratégie ne convainc pas tout le monde. "Je reste très dubitatif quant à cette logique d'externalisation totale, où le vendeur écoule des caisses roulantes achetées à l'étranger, un peu comme des boites de conserves", juge ainsi Vincent Giard, professeur d'économie industrielle à l'université Paris-Dauphine. "La force d'un constructeur est de pouvoir proposer une gamme coordonnée, ce que ne pourra plus faire Saturn. Et puis, faire appel à différents constructeurs pourrait brouiller l'image de la marque". Alors même que le fonds compte exploiter le capital sympathie de Saturn auprès des consommateurs américains.

Se pose aussi le problème des délais de livraison. Black Oak envisage en effet de s'allier avec des constructeurs chinois ou indiens. Les voitures devraient donc être importées par cargo, ce qui prendrait plusieurs semaines. Autre soucis pour le réseau de distribution: gérer un service après-vente de différents constructeurs, un véritable casse-tête pour obtenir toutes les pièces détachées.

Peu importe pour GM. Le géant à l'agonie ne voit qu'une chose: en revendant Saturn à Black Oak, il s'épargnerait la fermeture du réseau de 440 concessionnaires de Saturn, ce qui, au passage, réduirait significativement ses coûts de restructurations.