L'optimisme des banques américaines à contre-courant

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Depuis le début de l'année, la plupart des grandes banques américaines ont fait preuve d'un relatif optimisme, qui a contribué à alimenter le rebond des marchés financiers. Mais l'euphorie est désormais passée. Car l'industrie bancaire restera déficitaire ce trimestre. Selon le site Economy.com de l'agence de notation Moody's, les banques américaines ont perdu 52 milliards de dollars au cours du quatrième trimestre et devraient perdre 34 milliards de dollars au terme des trois premiers mois de l'année 2009. Un léger mieux donc, qu'il faut cependant relativiser.

La situation du marché interbancaire, principale source de liquidité et de financement des institutions financières, semble s'améliorer. Mais cela ne signifie pas que les banques prêtent davantage à l'économie réelle. La croissance des encours de crédit est la plus faible depuis septembre 2002, selon les dernières statistiques de la Réserve fédérale américaine. Les taux de défaillance sur les cartes de crédit atteignent des records. Dans un contexte de récession de l'économie américaine, les banques commerciales risquent d'être plus affectées que les banques d'affaires. Les résultats trimestriels de Goldman Sachs, supérieurs aux attentes des investisseurs, semblent aller dans ce sens.

Toute la difficulté consiste à savoir dans quelle mesure ces bons résultats sont le reflet d'une stabilisation de l'économie ou de l'utilisation par les banques d'artifices qui rendent leurs comptes plus présentables qu'ils ne le sont en réalité. Il ne faut pas oublier que plusieurs banques ont reçu d'importantes sommes d'argent de la part d'AIG, Goldman Sachs en tête. En outre, au titre du premier trimestre 2009, les banques peuvent déroger à l'obligation de comptabiliser en valeur de marché l'intégralité des postes d'actif de leur bilan, grâce à une décision début avril de l'organe de régulation comptable américain.

Pour l'économiste Nouriel Roubini, les banques bénéficient d'un coût d'emprunt proche de zéro, de transferts massifs de la part du gouvernement, et elles ne provisionnent pas correctement les pertes à venir dues à l'augmentation des taux de défaut sur les prêts accordés. Les publications de résultats de grands établissements comme J.P.Morgan, Citigroup ou Bank of America, attendus au cours des prochains jours, permettront peut-être d'y voir plus clair, en attendant le tour des banques européennes.