Sun Microsystems, cible toujours attrayante

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Rien ne va plus chez Sun Microsystems. Le quatrième fabricant mondial de serveurs informatiques a vu son cours de Bourse s'effondrer de 26% en deux jours, après la confirmation de l'échec des discussions avec IBM en vue de son rachat. La raison officielle est l'absence d'accord sur le prix. Mais l'autre raison tient à un apparent désaccord au sein du conseil d'administration sur les partisans d'une vente -l'actuel directeur général, Jonathan Schwarz- et ceux qui s'y opposent -en l'occurrence, Scott McNealy, fondateur et ancien PDG du groupe.

Mais il semble bien qu'IBM ait poussé le bouchon un peu trop loin, ou plutôt qu'il ait fixé un peu trop bas son curseur. Car pour arriver à une valorisation de 7 milliards de dollars évoquée par la presse, il faut prendre en compte des hypothèses plutôt pessimistes (pas de croissance du chiffre d'affaires, stabilité des marges à 8%). Ce prix suggère également d'exclure des pépites comme la technologie Java ou d'éventuelles synergies liées à un rachat par un autre constructeur informatique. Le San Jose Mercury News rapporte d'ailleurs que face au petit prix proposé par le géant d'Armonk, le board de Sun Microsystems a fait front commun pour le rejeter. Les deux sociétés n'ont pas souhaité faire de commentaire.

Certes, le contexte récessif n'aide pas. Le marché mondial des serveurs a reculé de 3% en valeur à 53,3 milliards de dollars en 2008, selon le cabinet d'études IDC. Certes, Sun Microsystems devrait afficher une perte nette de 27 cents par action sur le consensus des analystes, et ne redressera ses comptes que très progressivement. Le marché table sur un bénéfice par action de 16 cents au cours de l'exercice clos fin juin 2010 et 24 cents l'année suivante.

Mais le groupe de Santa Clara reste une cible intéressante, détenteur d'une part de marché mondial de 10,1% en 2008. IBM, qui occupe 31,9% du marché de serveurs selon IDC, aurait eu une occasion de distancer définitivement la concurrence. En revanche, pour HP et Dell, détenteurs de parts de marché de respectivement 29,5% et 11,6%, la chute du cours de Bourse de Sun Microsystems est peut-être l'occasion de s'intéresser au dossier.

Dell, qui affichait fin 2008 une trésorerie nette de 6,3 milliards de dollars, est à la recherche de relais de croissance. Le groupe de Michaël Dell a beau affirmer qu'une disparition de Sun serait favorable au développement de plateformes alternatives, il oublie de rappeler que Sun et son groupe ont un accord de distribution. L'irruption de nouveaux entrants, comme Cisco Systems, sur le marché des serveurs rend l'idée d'une consolidation de l'industrie toujours d'actualité.