Comment va évoluer la crise?

Delphine Halgand

— 

Deux années noires. Le choc économique devrait s'amplifier en 2009, a expliqué Eric Heyer, économiste de l'Observatoire Français de Conjoncture Economique (OFCE) lors d'une conférence de presse lundi 20 avril.

Après les 100.000 destructions d'emploi en France en 2008, l'OFCE prévoit 800.000 pertes d'emploi d'ici 2010, soit la plus forte progression de chômage observée depuis les 25 dernières années. Le taux de chômage en France devrait ainsi atteindre les 9,9% à la fin 2009 et 10,7% à la fin 2010, contre 7,8% fin 2008.

Le chômage est la conséquence du repli de l'activité économique. En 2009, le PIB français devrait reculer de 2,3% puis de 0,2% en 2010, contre une progression de 0,7% en 2008. L'économie française en 2009 devrait ainsi connaître sa plus forte récession depuis les années 30. "Même si 2010 s'annonce une meilleure année que 2009, la France n'atteindra toujours pas les 1,5% de croissance, seuil de création d'emploi", explique Eric Heyer.

La France devrait être moins touchée que d'autres pays européens, selon l'économiste. La crise se diffusant notamment à travers le commerce mondial, l'Allemagne plus grande exportatrice que la France est donc davantage pénalisée.

Par ailleurs, grâce à l'importance des garanties sociales, les revenus des ménages français sont bien plus stabilisés qu'en Italie ou qu'en Espagne. De plus, l'endettement des Français est moindre que celui des Espagnols ou des Allemands. La consommation française porteuse de croissance devrait ainsi être moins impactée que dans ces deux pays européens.

Malgré tout, Eric Heyer estime que le plan de relance français n'est pas à la hauteur de la récession avec un impact qui devrait être de 0,8 % du PIB pour 2009-2010, contre 3% en Allemagne pour ces deux mêmes années.

Xavier Timbeau s'inquiète également de la faiblesse de certains plans de relance. Pour l'ensemble de l'Union européenne, les plans représenteront moins d'un point du PIB, car certains pays ont mis en place des plans importants (Allemagne) et d'autres non (Pologne). "Le choc de la crise sera donc plus sévère en Europe qu'aux Etats-Unis où les mesures de relance correspondent à 2,1 points du PIB", juge le directeur du département analyse et prévision de l'OFCE.

Et pour 2010? La croissance mondiale devrait repasser timidement dans le vert (+1,5%), après un recul de 1,5% en 2009. "2010 sera meilleur que 2009 mais restera une mauvaise année. La croissance devrait être négative dans la plupart des pays de la zone euro et légèrement positive aux Etats-Unis. On continuera à accumuler un déficit par rapport à la trajectoire de croissance passée de 2%", résume Xavier Timbeau. D'où le fait qu'on ne peut pas parler de reprise.

Xavier Timbeau privilégie une reprise de l'activité économique dite en L: après une chute brutale de l'activité, s'ensuivra une longue période où les stigmates demeureront (années de croissance très faible, déflation possible). L'économiste cite à titre d'illustration la crise japonaise des années 90. Le Japon s'en souvient encore.