Semaine de la dernière chance pour Chrysler

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A quatre jours de la fin d'un ultimatum fixé par l'administration Obama, le constructeur automobile Chrysler, en passe d'obtenir l'accord de ses ouvriers pour réduire le coût du travail, doit encore parvenir à un accord d'ici jeudi avec ses créanciers pour assurer son avenir.

Dimanche deux pas importants ont déjà été franchis: les ouvriers canadiens du syndicat TCA ont approuvé un accord négocié avec la direction de Chrysler qui devrait économiser 240 millions de dollars par an. Aux Etats-Unis, le grand syndicat UAW a annoncé qu'il soumettait des "concessions" à ses membres, qui ont jusqu'à mercredi 29 avril pour accepter ou rejeter les "sacrifices" négociés en leur nom.

Dans les deux cas, Chrysler et les syndicats concernés ont souligné qu'ils respectaient les conditions posées par le constructeur italien Fiat, avec qui un partenariat stratégique doit être définitivement conclu pour que l'administration américaine consente à continuer à aider le constructeur d'Auburn Hills - faute quoi ce serait le dépôt de bilan.

Si l'accord du week-end avec l'UAW est ratifié, il restera trouver un accord avec les créanciers, auxquels le constructeur doit quelque 6,9 milliards de dollars: l'administration leur demande de ne toucher que 22% des sommes qui leur sont dues, en prenant en complément 5% de Chrysler une fois restructuré. Les dernières informations font état d'une offre des créanciers qui réduirait leurs crédits de 45%, à 3,75 milliards de dollars, mais les ferait monter à 40% du capital.

Dans la matinée, la Maison Blanche s'était montrée sans conviction sur la nécessité de respecter l'échéance de jeudi, qu'elle a elle-même fixée, pour que Chrysler conclue des accords assurant sa viabilité sans dépôt de bilan. "Nous avons l'espoir que les négociations qui se déroulent avec beaucoup d'énergie vont réussir", avait déclaré Lawrence Summers, le principal conseiller économique du président Barack Obama.

Pour autant, avait-il ajouté, "l'accent n'est pas mis sur (l'évitement d'une procédure de faillite), parce que dans certaines circonstances une faillite n'est pas du tout une liquidation -il s'agit d'un changement de statut juridique qui protège la société et lui permet de fonctionner plus efficacement".

Un dépôt de bilan de Chrysler illustrerait un nouveau déclin des "trois géants" automobiles de Detroit, General Motors et Ford luttant également pour rester à flot face à un effondrement des ventes inédit depuis des années. Des informations de presse de plus en plus insistantes indiquent néanmoins que ce serait désormais le scénario privilégié. Selon Patrick O'Keefe, le dirigeant d'un cabinet spécialisé dans le redressement de sociétés industrielles, Fiat aimerait d'ailleurs autant que la restructuration de Chrysler se déroule sous la direction d'un administrateur judiciaire. Une fois que la société aura déposé son bilan, Fiat "pourra choisir les actifs qui l'intéressent", explique M. O'Keefe.

Vendredi, le Trésor a accordé deux milliards de dollars supplémentaires au géant constructeur General Motors qui, comme Chrysler, ne survit depuis le début de l'année que grâce aux injections de fonds publics. Mais il n'a rien donné à Chrysler, qui espérait une première tranche de 500.000 dollars.