Dirigeants français à l'étranger: le choc culturel

Propos recueillis par Guillaume Guichard

— 

Le succès de Philippe Varin à la tête Corus est un des rares exemples de réussite d'un haut dirigeant français à l'étranger. Sylvie Chevrier, maître de conférence à l'Université Paris-Est Marne La Vallée et auteur du Management interculturel, chez Que Sais-je, revient sur les problèmes rencontrés par les managers français à l'étranger.

E24: La France exporte-t-elle beaucoup de dirigeants?

Sylvie Varin: Non, il y a peu de dirigeants français à l'étranger. Les quelques dirigeants qui réussissent hors de l'Hexagone ont la plupart du temps un parcours exceptionnel. Prenez Carlos Ghosn, par exempe. D'origine libanaise, il a vécu au Brésil, a travaillé en France, avant d'aller diriger Nissan au Japon. En même temps, il est le fruit des grandes écoles "à la française".

Quelles qualités "françaises" sont appréciées à l'étranger?

Les entreprises étrangères apprécient les capacités de synthèse, de travail, de vision globale qui caractérisent les élites françaises. Des atouts développés par les Grandes écoles, qui sélectionnent très tôt les étudiants à partir de ces critères.

Le rapport au client des dirigeants français peut aussi être apprécié dans certains domaines. Alors que les Anglo-saxons restent collés au cahier des charges, les Français ont plutôt tendance à établir un diagnostic, à la manière d'un médecin, et n'hésitent pas à reformuler la demande du client. Cette méthode est appréciée lorsqu'il s'agit de produits sur mesure, comme la construction d'une usine, par exemple.

A quels chocs culturels sopnt-ils confrontés?

Les dirigeants français ont un rapport particulier à l'exercice du pouvoir et ne délèguent pas de la même façon que les Anglo-saxons. Ils confient des missions beaucoup plus vastes à leurs collaborateurs, sans leur donner de consignes très précises, et leur donner du coup une large liberté d'action. Les Américains, au contraire, délèguent de manière beaucoup plus précise. Ils trouvent du coup que les Français ne savent pas travailler et ne sont pas suffisamment directifs. Les Français, de leur côté, trouvent que leurs collaborateurs ne savent pas prendre d'initiatives.

Quel défaut leur est le plus souvent reproché?

La pratique de la décision des dirigeants français est souvent problématique pour les étrangers. Nos patrons sont habitués, lors des réunions, aux argumentations interminables. Et, à la fin, le dirigeant tranche. Les Anglo-saxons qui participent à des discussions avec des Français trouvent cette méthode complètement autocratique, car ils sont plutôt habitués au compromis.

Mais le pire, c'est que beaucoup de dirigeants français n'ont pas conscience des particularités du management "à la française"…