Vikram Pandit en danger

Julien Beauvieux

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Un bon capitaine sombre avec son navire. Si Citigroup devait à nouveau être renflouée par les autorités à la suite du test de résistance, Vikram Pandit, son directeur général, devrait affronter le mécontentement de ses actionnaires, l'Etat américain en tête, et pourrait perdre son poste.

Lors de l'assemblée générale du groupe, qui doit se tenir mardi 21 avril, les actionnaires de Citigroup tâcheront sans doute de décrypter dans quelle posture se trouve la banque. Les résultats des "stress tests", qui visent à déterminer si les établissements bancaires américains ont besoin de davantage de fonds propres, ne doivent pas être communiqués avant le 4 mai prochain.

Mais Vikram Pandit, arrivé chez Citigroup en décembre 2007 pour redresser la barre, ne pourra se dérober derrière ce paravent. Il devra trouver le ton juste pour répondre aux questions sur l'avenir de la banque et montrer qu'il est l'homme de la situation.

Les actionnaires historiques de Citigroup ont en effet déjà beaucoup perdu. A la suite de trois plans de sauvetage et l'injection de 45 milliards de dollars de fonds publics, leurs participations sont sur le point de fondre pour ne représenter plus que 26% du capital quand le programme d'échange d'actions préférentielles sera finalisé. Une dilution conséquente qui s'ajoute à l'effondrement du cours de l'action, qui a dévissé de près de 90% sur un an. Dans le cadre de l'opération d'échange, l'Etat américain sera de son côté propriétaire d'une part de 36% du capital.

En cas de mauvaise nouvelle, l'addition serait donc salée et fatale pour Vikram Pandit. Les dirigeants du régulateur bancaire américain, la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) ont d'ailleurs, en privé, évoqué le remplacement de Vikram Pandit, selon le Financial Times. "Il est impensable que Vikram puisse rester si Citigroup a de nouveau besoin de fonds fédéraux", a estimé une personne proche du dossier citée par le quotidien. "Il est donc prudent d'envisager d'autres scénarios", a-t-elle ajouté.

Des noms de successeur circulent déjà, dont celui de Ned Kelly, le directeur financier de Citigroup. Egalement cité, Gary Crittenden, son prédécesseur et actuel patron de Citi Holdings, la "bad bank" de Citigroup qui regroupe les actifs à risque de la banque.

"Nos derniers résultats témoignent de la solidité du groupe et du bien fondé de la stratégie de Vikram Pandit pour restaurer la profitabilité" de Citigroup, écrit de son côté la banque dans un communiqué. Redevenue bénéficiaire pour la première fois depuis 2007, Citigroup a enregistré au premier trimestre un profit de 1,6 milliard de dollar, contre une perte de 5,1 milliards un an plus tôt. Malgré cette embellie, la banque devra néanmoins faire face à de nombreuses incertitudes en 2009, et notamment l'intensité de la récession américaine.