Les actionnaires se rebiffent

D.H. avec AFP

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Mouvementée. L'assemblée générale des actionnaires de Natixis, jeudi 30 avril à La Défense, près de Paris, a connu un début mouvementé avec l'intervention bruyante de membres du collectif "Sauvons les riches" et une bronca contre les dirigeants de la banque française. Le vote de l'ensemble des résolutions était sans suspense.

Environ une demi-heure après l'ouverture de l'assemblée qui se tenait jusqu'alors dans le calme, des membres du collectif, qui dit vouloir lutter contre "le gain facile", sont brièvement montés sur la tribune où se tenaient cinq dirigeants de la banque. Parmi eux, François Pérol, président du groupe à naître de la fusion entre Banque Populaire et Caisse d'Epargne, dont Natixis est une filiale.

Alors qu'ils étaient écartés par des vigiles, les militants ont tenté de lancer des pantoufles en direction de l'encadrement de Natixis. Les actionnaires ont alors commencé à s'en prendre bruyamment aux dirigeants de la banque aux cris de "voyous", "démission" ou encore "vous êtes irresponsables". Lorsque Jean-Marc Moriani, membre du directoire de Natixis, a affirmé depuis la tribune qu'"aucun membre du directoire n'avait touché de rémunération variable", un des participants à l'AG a lancé: "sortez vos mouchoirs". L'assemblée s'est poursuivie ensuite dans une ambiance tendue.

Plutôt en retrait en début d'assemblée générale, François Pérol a été pris à partie par plusieurs actionnaires au moment des questions-réponses. A une question d'un représentant du cabinet de défense des actionnaires Deminor, qui interrogeait le dirigeant sur un éventuel retrait de la cote des titres Natixis, François Pérol s'est fait huer en éludant "qu'il y a une crise, personne ne l'a vu venir, ni moi ni vous", avant d'affirmer qu'un retrait "n'est pas à l'ordre du jour".

Autre sujet d'agacement, l'une des résolutions proposées aux actionnaires prévoyait de fixer jusqu'à nouvel ordre à 500.000 euros le montant des jetons de présence octroyés aux 17 administrateurs. "Est-ce que 500.000 euros pour les jetons de présence, ce n'est pas vivre sur la bête?", s'est interrogé un autre actionnaire.

"Nous voudrions voir Monsieur Ferrero nous rendre compte, voire rendre gorge", s'est exclamé un autre actionnaire, énervé de ne pouvoir s'adresser à l'ancien directeur général, qui sera remplacé mi-mai par Laurent Mignon. "Je demande la démission de Monsieur Ferrero, et je refuse que vous le preniez comme conseiller", a ajouté le porteur. Dans un communiqué, François Pérol avait en effet indiqué que Dominique Ferrero deviendrait l'un de ses proches conseillers.

Malgré cette atmosphère tendue, le vote des 39 résolutions s'annonçait comme une formalité, les deux actionnaires principaux de Natixis, Banque Populaire et Caisse d'Epargne, contrôlant à eux deux 71,2%. Regroupées en trois ensembles, les 9 premières résolutions concernaient la validation des comptes de l'exercice 2008. Les 9 suivantes avaient pour but de modifier le mode d'administration de la banque, qui passe d'un conseil de surveillance avec directoire à un conseil d'administration. Les 21 restantes traitaient quant à elles de la composition du nouveau conseil d'administration.

Natixis, banque française la plus touchée par la crise financière, vit une restructuration difficile. Plombée par les actifs toxiques, elle a vu son cours de Bourse s'effondrer, passant de 20 euros au moment de son introduction fin 2006 à moins de deux euros aujourd'hui. Membre du directoire de mi-février à fin novembre 2008, date de sa démission, Jean-Pascal Beaufret avait perçu 1,3 million d'euros lors de son passage au sein de la banque, dont 500.000 euros de prime d'arrivée, selon le rapport annuel de l'établissement.