Comment faire son "Comeback"

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Ça s’appelle le "Comeback" et, comme Marlboro, Chevrolet, les pancakes et les défauts de remboursements de prêts, c’est américain. Qu’il s’agisse du Discours sur l’état de l’Union du Président Obama, de la nomination de Mickey Rourke pour l’Oscar du meilleur acteur pour son rôle dans le film The Wrestler, ou du retour de Lance Armstrong pour gagner un 8e Tour de France, le concept de "Comeback" est manifestement bien vivant, en pleine forme, et on comprend pourquoi. Avec une actualité économique aussi désastreuse que celle que nous connaissons, les gens ont besoin d’inspiration. Et ce n’est pas dans les jargons nébuleux de "relance" ou de "fluidité du crédit" des experts de Bruxelles qu’on la trouve. Ni dans l’optimisme de façade que l'on affiche en remarquant que le marché ne peut que remonter quand il a touché le fond ou encore que 2009 est l’année du Buffle d’après les chinois, symbole de travail et de prospérité.

Le "Comeback" marche parce qu’il n’est ni un doux rêve, ni une réalité brute. C’est un mélange délicat de force et d’optimisme, de mocheté et d’honnêteté. Le phœnix renaît certes, mais seulement d’un bourbier dégoûtant de cendre et de poussière. Les histoires de messieurs Obama, Armstrong et Rourke et ne sont pas jolies-jolies. L’un dirige un pays où un logement sur cinq vaut désormais moins que l’emprunt que son propriétaire doit encore rembourser à sa banque; le deuxième fait face à un nombre incalculable d’accusations de dopage et est un cancéreux en rémission qui compte gagner le Tour de France contre des hommes qui ont la moitié de son âge; le troisième est une star des années 80 sur le retour, un jour connu pour sa gueule d’amour, aujourd’hui connu pour sa gueule de clown de la chirurgie esthétique. Pourtant chacune de ces histoires est une métaphore de grandeur et décadence ET de grandeur retrouvée, que l’on a besoin de s’entendre raconter encore et encore pour continuer d’avoir foi dans le présent.

Ici à "Travailling", nous croyons au "Comeback". Pas seulement parce que ça pourrait être la meilleure manière de préserver sa santé mentale en ces temps difficiles (rêve). Pas seulement non plus parce ça peut être une façon habile de tourner à son avantage une période économique pourrie (réalité). C’est aussi l’occasion de vivre une histoire incroyable dont on pourrait plus tard vendre les droits à Hollywood. Voilà pourquoi nous avons travaillé à un plan en 7 points, pour que vous aussi, vous puissiez goûter à la gloire du "Comeback" professionnel, comme John Travolta dans Pulp Fiction, Marlon Brando dans Le Parrain, ou Sophie Marceau dans LOL (Si, si, on a bien parlé de "Comeback", je l’ai lu). Vous prouverez à tous les experts que 2009 n’était ni l’année du Buffle, ni celle de la crise, mais celle du "Comeback".

Prêts ?

1. Pour un "Comeback" digne de ce nom, il faut que vous ayez quelque chose vers lequel revenir, c’est-à-dire qu’il faut que vous ayez accompli quelque chose avant que tout ne tourne mal. Il faut que vous ayez goûté au succès, puis goûté à la perte. Si vous êtes stagiaire, vous ne pouvez pas faire de "Comeback". Si vous êtes retraité, non plus, à moins que vous ne soyez un retraité forcé de redevenir stagiaire. (Note perso – bonne idée de scénario – un vieux retraité entre comme stagiaire dans une grande chaîne de télé parce qu’il a perdu toutes ses économies pour sa retraite à cause de Bernard Madoff, et devient la nouvelle star que tout le monde attendait. Contacter l’agent de Belmondo ASAP.)

2. Votre nouveau boulot (je sais ça a l’air fou de parler de nouveau boulot mais allez, on rêve), doit être un défi, et il doit être différent de ce que vous avez fait auparavant. Le "Comeback" doit incarner la renaissance du phœnix. Ça veut dire que si vous travailliez avant dans une grande agence de publicité comme BETC Euro RSCG, trouver un job chez Publicis n’est pas un "Comeback", même après six mois de chômage. C’est un retour, comme dans "retourner bosser". Ça n’est pas la même chose. Travailler chez BETC, puis être viré, puis lancer une ligne de vêtements pour enfants, que l’on vend à Bonpoint, qui utilise BETC comme agence de publicité, c’est un "Comeback". Surtout quand vous rencontrez BETC pour une discussion sur la stratégie et que vous leur dites: "Je crois que vous n’avez pas vraiment compris ce qu’on cherche à faire. Dommage." (Voir Mélanie Griffith dans Working Girl).

3. Un bon "Comeback" exige que ce que vous faisiez auparavant, vous l'ayez fait pour de mauvaises raisons, que ce soit pour vos parents, pour l’argent, pour le prestige, etc. Le "Comeback" repose sur le fait de reconnaître ses erreurs, ce qui donne des perspectives plus fortes sur les choses, tout en bénéficiant de l’expérience accumulée. Je ne sais pas, pensez à un avocat d’affaires qui décide de défendre les sans papiers. Voir Russel Crowe dans Révélations.

4. Un "Comeback" n’est bon que si on n’est plus amer. Vous êtes positif et constructif, désespéré éventuellement, mais pas amer. Il y a une grosse différence. Amer signifierait que vous aimeriez toujours être comme les gens avec qui vous travailliez, même si vous réussissez mieux qu’ils ne l’auraient jamais imaginé. Une mentalité de "Comeback", c’est avoir finalement compris ses propres talents et être désolé pour ceux (dans votre vie de "pré-Comeback") pour qui ça n’est pas le cas.

5. Pour qu’un "Comeback" soit fort, il faut que vous ne soyez pas le premier choix. Les "Comebacks" à Hollywood arrivent parce que quelqu’un (une star au sommet ou en pleine ascension) refuse un projet, laissant une ouverture dans laquelle celui qui va faire son "Comeback" va venir s’engouffrer. L’ironie est que la star qui refuse le projet n’en a encore aucune idée, mais elle est en train de descendre et vous, en train de remonter (voir Michael Douglas qui a joué le rôle oscarisant de Gordon Gekko dans Wall Street, rôle refusé par Richard Gere. Et Bruce Willis qui obtient le meilleur rôle de Die Hard, rôle que Richard Gere a refusé). Tout ça montre seulement qu’il y a aussi une question de chance et que Richard Gere devrait changer d’agent.

6. Si vous voulez faire un beau "Comeback", il faut mettre votre image en danger. Quelle que soit la chose que vous décidez de faire, elle doit trancher avec l’image que les gens avaient de vous. Vous devez entendre des commentaires comme: "Je ne t’aurais jamais imaginé en horticulteur" ou "Attends c’est pas possible, on ne parle pas du même John?". Ce point 6 est le plus difficile, car beaucoup de gens essaieront de vous dissuader en pensant que vous n’êtes pas sur le point de faire votre "Comeback", mais une dépression nerveuse.

7. Un "Comeback" ne se fait pas tout seul. Travolta a eu besoin de Tarantino, Brando de Coppola. Quelqu’un doit vous défendre malgré vos erreurs ou vos succès passés, pour vous offrir l’ouverture dont vous avez besoin. De votre côté, vous devez savoir reconnaître une ouverture et en profiter.

Oui le chômage augmente, non le marché n’a pas encore touché le fond, et la prochaine fois que l’un d’entre nous recevra un chèque il pourrait bien être en francs. Et pour beaucoup de ceux qui ont surfé dans les années 90 et 2000 sur la vague de la prospérité, l’impensable est arrivé. Mais il y a un "Comeback" en chacun d’entre nous, et en suivant ces conseils, vous serez de retour sur la pente ascendante. Souvenez-vous seulement quand vous recevrez votre Oscar (l’Oscar étant une autre métaphore du point culminant de votre "Comeback") de penser à remercier votre agent, votre femme et la crise, dans cet ordre. Vous n’y seriez jamais arrivé sans eux. En fait, ça pourrait bien finir par être l’année du Buffle.