Fortis coûtera 10,4 milliards d'euros à BNP Paribas

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La chute des marchés financiers depuis le mois d'octobre n'aura pas été qu'une mauvaise affaire pour BNP Paribas. Le groupe dirigé par Baudoin Prot va débourser 10,4 milliards d'euros au lieu de 14,7 milliards pour prendre le contrôle des activités de Fortis en Belgique et au Luxembourg.

Ce nouvel accord sera-t-il le bon? Sous réserve de l'approbation des actionnaires de Fortis début avril, BNP Paribas va reprendre 75% de Fortis Banque, détenue à 100% par l'Etat belge. L'opération sera rémunéré uniquement en actions BNP Paribas, au prix unitaire de 68 euros. En octobre, une part en numéraire était prévue, qui a donc disparu. Dans un communiqué de presse publié dimanche soir, BNP Paribas indique que la valorisation retenue pour 100% de cette société est de 11 milliards d'euros. Dans le même temps, Fortis Banque acquérera 25% de Fortis Insurance Belgium pour 1,375 milliard d'euros.

"Cette transaction permettra d’assurer le rôle essentiel de Fortis Banque au service de l’économie belge, en l’adossant au groupe BNP Paribas qui réalisera ainsi une opération stratégique de renforcement de son dispositif pan européen", souligne la banque. Le groupe ne fait aucun commentaire sur les synergies de coûts attendues de l'opération. L'acquisition devrait avoir un impact positif sur le bénéfice par action de BNP Paribas à partir de 2010 et un effet neutre sur ses ratios de solvabilité, alors que la transaction d'octobre devait avoir un impact positif de 35 points de base.

Tout au long du week-end, Baudoin Prot s'est déclaré "confiant sur, cette fois-ci, le succès de cette opération". Les premières réactions de certains actionnaires semblent aller dans le bon sens, même si les représentants de petits porteurs belges ont exprimé leur insatisfaction. Ping An, l'assureur chinois premier actionnaire de Fortis avec 5% du capital, ne s'est pas encore exprimé. Le 11 février dernier, le rachat de Fortis Banque avait été bloqué par une assemblée générale d'actionnaires représentant environ 22% du capital de la banque. La prochaine assemblée générale regroupera un plus grand nombre d'actionnaires, ce qui, pour BNP Paribas, devrait augmenter les chances de succès. Lundi matin, Baudoin Prot a estimé que le nouvel accord réunira une "majorité écrasante" si Ping An votait favorablement, et une "majorité confortable" dans le cas contraire.

BNP Paribas a accru son exposition aux risques de défaut des actifs "toxiques" de Fortis logés dans un véhicule spécial (SPV), dont la valeur du portefeuille est accrue de 10,4 à 11,4 milliards d'euros. La participation de BNP Paribas dans ce véhicule sera de 200 millions d'euros pour la part en capital et de 480 millions d'euros pour la dette senior. Fortis Banque assurera le financement du véhicule à hauteur de 4,36 milliards d'euros sous forme de dette senior garantie à première demande par l'Etat belge, et 4,86 milliards d'euros sous forme de dette super senior.

La part du portefeuille de crédits structurés restant dans le bilan de Fortis Banque sera de 21,5 milliards d'euros environ. "Au-delà d'une première tranche de pertes finales, par rapport à la valeur nominale, de 3,5 milliards d'euros, largement provisionnée dans le bilan d'ouverture de Fortis banque, l'Etat belge garantira à première demande la deuxième tranche de perte à concurrence de 1,5 milliard d'euros", indique le communiqué de presse.

L'Etat belge s'est également engagé à maintenir le ratio Tier 1 de Fortis Banque à 9,2%, pour un engagement maximum de 2 milliards d'euros sous formes d'instruments hybrides, sans que sa participation au capital de la banque dépasse le seuil de 50%. Ces différents mécanismes - augmentation des actifs transférés au SPV, assurance sur les pertes des produits structurés, aide de l'Etat belge pour soutenir le ratio de Solvabilité de Fortis Banque - "ont pour but de nous prémunir contre" le risque de devoir passer des charges complémentaires sur l'acquisition, a déclaré Baudoin Prot dans un entretien accordé au quotidien Les Echos.

Les activités de Fortis seront dirigées par Jean-Laurent Bonnafé, actuel directeur général délégué de BNP Paribas.