"Pessimiste pour l'avenir proche"

Propos recueillis par Delphine Halgand

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Philippe Sabuco, économiste chez BNP PARIBAS, explique à E24 pourquoi l'économie espagnole s'enfonce dans la crise.

E24 - Pourquoi l'Espagne est-elle aujourd'hui particulièrement touchée par la crise?

Philippe Sabuco - L'économie espagnole est portée depuis le début des années 2000 par deux facteurs: l'endettement privé (des particuliers et des entreprises) et la construction. L'endettement privé a notamment permis l'essor de la construction. Ce secteur a représenté jusqu'à 13% du PIB espagnol (début 2007). Il ne représente que 5% à 6% du PIB dans les grands pays européens, comme la France ou l’Allemagne par exemple.

A partir de 2005, l'augmentation du taux directeur de la BCE a pesé sur les ménages, majoritairement endettés à taux variables. Ces derniers ont en effet vu leurs mensualités augmenter. Leur pouvoir d'achat a été amoindri. Plus récemment, en juillet 2007, la crise financière dite des subprimes est venue s'ajouter à cette situation et a, elle, freiné l'offre de crédits. La demande a également chuté face aux incertitudes qui ont commencé à peser sur l'économie.

Et l'immobilier?

Le cycle haussier de l'immobilier s'est retourné. On observe une décélération des prix à partir de 2004-2005. Ces éléments conjugués ont plongé l'Espagne en récession. Les choses ne devraient pas s'arranger rapidement, compte tenu notamment de l'inertie dans le secteur du bâtiment. Avec plus d'un million de logements disponibles à la vente, on ne peut pas compter sur ce secteur pour relancer l'économie pendant quelques années.

Qu'est-ce qui pourrait relancer l'économie espagnole?

Les seuls secteurs qui auraient pu prendre le relais sont le secteur bancaire et le tourisme. Mais le secteur bancaire commence à souffrir des effets de la crise domestique et le tourisme est touché par le ralentissement économique mondial. Les réformes structurelles mettront, elles, du temps à produire des effets. Je suis donc assez pessimiste pour l'avenir proche. Si d'autres pays voient leur économie repartir, ils pourraient alors entraîner leur voisin espagnol, stimulant le tourisme et les exportations.