Les open-bars ne sont plus à la fête

Anne-Sophie Galliano

— 

Etonnamment ou pas, le projet de loi de Roselyne Bachelot sur l'interdiction des open-bars ne semble pas perturber le monde de la nuit. "Les open-bars sont une façon inadmissibles d'alcooliser les jeunes", clame d'emblée Bernard Quartier, président de la Fédération nationale des Cafetiers, Brasseries et Discothèques. "Les professionnels de la filière sont des vendeurs d'alcool responsable, et nos membres ont très peu recours à cette pratique".

Les discothèques voient donc d'un bon œil cette interdiction, mais qu'en est-il des écoles de commerce particulièrement visées par cette mesure? Largement mises à l'index dans les médias pour les dérives de certaines soirées, elles soutiennent activement le projet de loi qui ne fait qu'entériner des mesures prises par les administrations des écoles depuis plus de deux ans déjà. "Nous ne faisons pas d'open-bars. Les étudiants paient leur entrée, et leurs consommations", assure le bureau des élèves de l'Essec, organisateur des soirées. "Il y a quelques années il y avait des open-bars, mais maintenant c'est fini, il y a eu trop de dérives. C'est notre responsabilité qui est en jeu s'il arrive quelque chose".

Même écho à l'Edhec, pourtant connu dans le milieu étudiant pour leurs soirées. "Cela fait deux ans que les règles sont beaucoup plus sévères. Les étudiants paient leur entrée et n'ont que 5 tickets de consommation pour toute la soirée. Ensuite, nous avons des vigiles depuis un an pour les fouiller à l'entrée et à la sortie afin de vérifier qu'ils n'ont pas de bouteilles sur eux". Pire, "l'administration organise des descentes de police pour vérifier qu'il n'y a pas de débordements". Alors les open-bars, cela fait longtemps que les étudiants composent sans.

Cette interdiction ne remporte quand même pas l'adhésion de tous les professionnels de la nuit. Des discothèques ont fait des soirées open-bars leur marque de fabrique, surtout à Paris. C'est le cas de Cabane Café qui propose des open-bars avec buffet à volonté, pour 15 ou 20 euros. "Pour nous, c'est une catastrophe, car ce genre de soirées attirent beaucoup de monde", affirme Mohamed Douili pour qui cette loi est aberrante. "Notre clientèle est composée de 25-35 ans et plus, nous n'avons pas de jeunes adultes ou de mineurs". L'intérêt des open-bars est juste psychologique: "Les clients n'ont pas à payer à chaque fois qu'ils prennent un verre. Et en fait, très peu boivent plus de deux ou trois verres, car justement, ils sont adultes". Pour Cabane Café, c'est simple, si les open-bars sont interdits, il trouvera une autre solution: un euro le cocktail par exemple. "C'est légal, et nos clients seront contents". Pour ceux qui le veulent vraiment, ce type de mesures législatives n'est pas difficile à contourner.