François Fillon: "une crise longue, une crise dure"

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Interrogé sur Europe 1, le Premier ministre François Fillon a défendu le plan de relance du gouvernement sans laisser entrevoir de nouvelles mesures. Car pour lui, la réussite d'un plan de relance tient à plusieurs conditions: qu'il serve l'emploi et qu'il tienne compte de la situation des finances publiques. Sur ce dernier point, François Fillon a rappelé aux Français que chaque euro utilisé pour le plan de relance "devra être remboursé". La France est un pays endetté, elle l'est depuis 34 ans, a-t-il fait valoir.

Alors dans ce contexte, l'horizon de l'équilibre budgétaire s'éloigne. Le gouvernement travaille à une réduction du déficit en-deçà de 3% en 2012 alors qu'il sera supérieur à 5% en 2009 avec 50 milliards de déficit supplémentaire. Les recettes fiscales en moins pèseront 20 milliards, et le plan de relance 30 milliards. Le cabinet du ministre du Budget, Eric Woerth, avait indiqué lundi 2 mars que le seul déficit de l'Etat devrait dépasser 100 milliards d'euros cette année, ce qui équivaut à plus de 5,2% du PIB. A cela, s'ajouteront les déficits de la Sécurité sociale et des collectivités territoriales, creusant encore le déficit public, qui devrait flirter avec 5,5% du PIB, un chiffre comparable aux dernières prévisions de la Commission européenne (5,4% du PIB).

A 5,5%, la France dépasse d'ailleurs de 2,5 points la limite autorisée par l'Union européenne. La Commission européenne a d'ailleurs déclenché fin février la première étape de la procédure pour déficit excessif contre la France. Pour revenir dans les limites du Pacte européen de stabilité, il est nécessaire, a insisté le Premier ministre, de poursuivre la politique de réduction des dépenses publiques. Le Premier ministre a confirmé en particulier la poursuite du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, ainsi que de la "révision générale des politiques publiques".

En attendant, "toute l'année 2009 sera une année de crise", une "crise longue, une crise dure", a estimé le Premier ministre qui a reconnu n'avoir pas de perspective sur une potentielle stabilisation de la situation économique mondiale. "Nous avions pensé que le moteur asiatique ne calerait pas et que de là viendrait la réponse. Ce n'est pas le cas. Le moteur asiatique est aujourd'hui à l'arrêt", a expliqué François Fillon arguant du fait que personne n'a aujourd'hui de solution. "Personne aujourd'hui ne peut savoir quand on sortira de cette crise", a-t-il insisté.

Et après la crise, "il y aura un temps de remise en forme assez long de l'économie mondiale", a-t-il prévenu. D'autant qu'il faudra tirer les enseignements pour ne pas se retrouver dans la même situation dans quelques années. Toute politique de relance doit donc se mettre en place "dans la durée" et non pas sous la pression de quelques sondages. Car "aucun plan de relance ne permettra d'éviter la crise", a-t-il soutenu.

François Fillon a en outre évalué "entre -1 et -1,5" la contraction du produit intérieur brut français (PIB) en 2009. La ministre de l'Economie Christine Lagarde avait évoqué la veille -1,5%. "Ces chiffres sont moins mauvais que la plupart des pays européens" et les Etats-Unis, a-t-il souligné, jugeant que l'entrée plus tardive de la France en récession résultait de la politique du gouvernement. Il a aussi réfuté toute augmentation des prix qui, selon lui, "ont baissé sur les trois derniers mois".

La vidéo de l'entretien de François Fillon, mardi 3 mars, sur Europe 1.