Le démantèlement d'AIG était inévitable

Julien Beauvieux

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La santé d'AIG était vacillante depuis plusieurs mois. Mais paradoxalement, ce sont moins les pertes abyssales enregistrées l'an dernier que le scandale des bonus versés aux dirigeants du groupe qui ont enterré les perspectives d'un redressement sous l'égide de l'Etat de l'ex-géant de l'assurance, dont le "coût politique" serait trop élevé pour Barack Obama. Ce dernier cherche à calmer le jeu en indiquant être prête à assumer d'éventuelles responsabilités.

En annonçant mercredi 18 mars la "liquidation ordonnée" d'AIG, le secrétaire américain au Trésor Timothy Geithner n'a fait qu'entériner ce que l'ancien PDG du groupe, Hank Greenberg, prédisait il y a une semaine à peine.

Le dirigeant, qui avait pris sa retraite en 2005 après 43 ans de bons et loyaux services, estimait que le mode opératoire du sauvetage d'AIG était inapproprié, en lui imposant de lourdes charges financières, et conduirait à une mise en pièces du groupe. A l'instar d'autres établissements bancaires sauvés à travers le monde, l'Etat américain avait en effet injecté des milliards de dollars de liquidités dans l'assureur contre intérêts, traduisant sa volonté d'apparaître comme le défenseur des deniers du contribuable.

Une précaution davantage politique qu'économique, puisque le nœud du problème pour AIG est de se défaire de ses engagements financiers, notamment son portefeuille de plusieurs centaines de milliards de dollars de Credit Default Swaps (CDS). En sa qualité d'assureur, le groupe avait profité ces dernières années d'une perception du risque faussée et d'une politique monétaire accommodante pour monnayer de nombreuses protections financières.

Ces positions se sont finalement révélées plus qu'hasardeuses. Et en se bornant à des prêts, l'Etat américain n'a fait que reculer l'heure de la nationalisation du groupe, dont il est le seul à pouvoir prendre en charge les dettes étant donné leur ampleur.

Outre les remboursements de ces prêts, la prise de participation en octobre par l'Etat de près de 80% du capital se voulait de son côté un gage de contrôle, que le scandale des bonus versés aux dirigeants a largement contribué à discréditer.

La révélation de cette affaire, dimanche 15 mars, a mis hors de lui Barack Obama. Le président américain s'était dit prêt à employer tous les moyens légaux pour empêcher AIG de verser ces bonus controversés, de 165 millions de dollars. Ces bonus seront finalement récupérés sur la prochaine injection de fonds publics de 30 milliards de dollars, qui portera les aides déboursées depuis le début de la crise à 180 milliards de dollars.

Autant dire que ces bonus sont une paille, mais ils ont été le révélateur de la gestion pour le moins approximative du dossier par les autorités américaines et notamment Timothy Geithner, qui a suivi le dossier depuis ses débuts comme président de la Réserve fédérale de New York.

L'opacité concernant l'utilisation des aides versées par l'Etat avait provoqué de vives protestations dans les rangs des représentants, notamment républicains, qui avaient exigé plus de transparence. La publication dimanche dernier d'une liste de banques américaines et européennes bénéficiaires des milliards publics, concomitante à l'affaire des bonus, avait terminé de braquer l'opinion publique contre un sauvetage qui en était à sa quatrième mouture avant l'annonce de "liquidation ordonnée" par Geithner.

Cette opération consistera à vendre les actifs sains du groupe au plus offrant pour combler les pertes endossées par l'Etat américain. Contrairement à l'effondrement de Lehman, cette démolition contrôlée ne fera pas de victimes "systémiques", puisque l'ensemble des contreparties du groupe pourront se retourner vers l'Etat américain.

Mais Washington devra régler la facture du dynamitage, qui promet d'être colossale. Alors que le bilan du groupe est loin d'avoir été "nettoyé", AIG a enregistré une perte de 100 milliards de dollars en 2008, dont 61,7 milliards de dollars pour le seul quatrième trimestre.