Natixis fait peau neuve

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Natixis fait peau neuve, mais cette mutation se fait dans la douleur pour ses actionnaires. Après avoir enregistré des pertes record de 2,8 milliards d'euros l'an dernier, en grande partie à cause de la crise financière, l'établissement espère que son nouveau plan de restructuration et le recentrage sur ses métiers stratégiques comme la gestion d'actifs, les financements structurés ou l'assurance, lui permettront de repartir de l'avant.

La présentation des résultats annuels a été l'occasion de montrer qu'en retraitant les comptes d'un certain nombre d'actifs, risqués ou non hérités du passé, la banque est d'ores et déjà profitable avec un produit net bancaire retraité de 6,4 milliards d'euros, un résultat brut d'exploitation de 1,9 milliards et un bénéfice net de 987 millions d'euros. Reste à voir à plus long terme, si cette base est suffisante pour traverser la crise et si elle convaincra les investisseurs. Car tous les risques ne sont pas écartés pour autant.

Le nouveau Natixis se présente en faisant abstraction d'une structure de cantonnement détenant un portefeuille d'actifs de 31 milliards d'euros et dont une équipe dédiée assurera l'extinction. Mais en attendant, la banque porte toujours le risque lié à ces actifs à son bilan et subira toute dépréciation complémentaire qu'une nouvelle chute des marchés financiers pourrait l'amener à constater.

La banque de financement et d'investissement (BFI), activité qui reste un actif stratégique et représente 43% du produit net bancaire du groupe, devra en outre faire face cette année à des marchés tumultueux et à une récession économique qui se globalise. Tout comme les autres établissements bancaires, Natixis va devoir faire son possible pour éviter une explosion du coût du risque, qui augmente le montant des provisions à comptabiliser quand le taux de défaillance des clients s'accroît. Enfin, certains projets liés à la restructuration de la BFI mettront un certain temps à produire des résultats, à l'instar de la refonte des systèmes d'information dont les pleins effets sur les résultats ne sont escomptés qu'en 2011.

L'autre incertitude tient à l'attitude qu'adoptera l'actionnaire issu de la réunion des organes centraux des Caisses d'Epargne et des Banques Populaires, qui possèdent conjointement 72% du capital de Natixis. Dominique Ferrero a estimé ce jeudi que cette fusion sera un élément positif pour le développement de la banque, en se positionnant comme fournisseur de services et de produits distribués par les réseaux des deux groupes mutualistes à leurs clients. " Tout ce qui contribue à améliorer l'efficacité collective des banques de détail de nos maisons-mère a un effet direct", a rappelé le dirigeant.

Restent enfin les nombreux actionnaires particuliers à qui l'on a vanté les mérites de Natixis, qui ont acheté des titres à 19,55 euros par action et qui ont vu leur participation perdre 94% de sa valeur. La banque ne capitalise plus que 3,2 milliards d'euros, soit 1,1 euro par action, quand son actif net comptable est estimé à 5,35 euros par action. Le potentiel de rebond du titre, si le nouveau plan aboutit, semble conséquent, mais même à un niveau proche de 5 euros, Natixis sera loin d'avoir tenu toutes les promesses faites fin 2006.