"La faillite d'un constructeur est incontournable"

Propos recueillis par Anne-Sophie Galliano

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A l'heure où le dossier prend

une dimension européenne
, le futur d'Opel devient un enjeu politique en Allemagne, à l'approche des élections législatives. Bernard Jullien, du Groupe d'études et de recherches permanent sur l'industrie et les salariés de l'automobile (Gerpisa), se penche pour E24 sur le cas du constructeur.

Est-il possible que le gouvernement allemand n'aide pas Opel?

L'argument clé pour avoir soutenu General Motors et Chrysler reposait sur le fait qu'une faillite créait une crise systémique aux Etats-Unis. Un argument qui n'est pas recevable dans le cas d'Opel selon Angela Merckel. Pour cette dernière, l'Allemagne a construit une automobile forte, et même si Opel disparaissait, les équipementiers pourraient survivre.

Est-ce l'unique raison pour le refus de l'Allemagne d'aider Opel?

Non. En fait, le problème est surtout d'ordre technique. Le gouvernement doit trouver une solution pour aider Opel sans pour autant aider directement General Motors. La séparation entre General Motors Europe et General Motors est difficile à mettre en place car il faudrait

un nouvel investisseur dans General Motors Europe
. A l'heure actuelle, ce n'est pas évident. Mais pour le gouvernement allemand
une aide n'est pas justifiable
auprès des contribuables si tous les bénéfices des aides vont directement aux Etats-Unis.

La menace brandit par Opel de

licencier 11.000 personnes
peut-elle changer la donne?

Aujourd'hui, certains se demandent s'il ne vaut pas mieux qu'Opel ferme tout simplement pour sauver les autres. En Europe il y a une surcapacité, et trop d'opérateurs. La disparition d'Opel ferait un appel d'air pour les autres constructeurs, cela nettoierait un peu le secteur. Opel est quand même le premier au Royaume-Uni et le troisième en Allemagne, avec la vente de 1,5 à 2 millions de voiture. Et pour la France et l'Italie cela ne serait pas une mauvaise nouvelle non plus dans la mesure où la compétitivité des allemandes serait un peu amoindrie. Quoi qu'il en soit, qu'il s'agisse de Saab, d'Opel ou d'un autre, il y aura fatalement la disparition de constructeurs. Cela ne peut pas se terminer autrement.