Air France-KLM à découvert

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En annonçant de nouvelles mesures d'ampleur pour s'adapter à la crise, Air France-KLM donne l'image d'une entreprise réactive. Pourtant, cette réactivité risque d'être insuffisante. Après avoir dû prendre une mesure pour atténuer les effets contreproductifs des couvertures pour se protéger du prix du carburant, très volatil ces derniers mois, la compagnie aérienne doit désormais gérer une détérioration de la recette passagers et faire son possible pour éviter une aggravation des pertes dans son activité cargo. Ce qui pourrait appeler des mesures de réduction de ses capacités bien plus importantes que celles annoncées ce vendredi 13 février.

Malgré une perte trimestrielle de 505 millions d'euros, Air France-KLM a maintenu ses prévisions de résultat pour l'année, ce qui semble indiquer que les mesures annoncées sont suffisantes. Pourtant, comme l'analyse le courtier Kepler Capital Markets, le maintien de ses prévisions signifie qu'Air France-KLM pourrait subir une nouvelle perte d'exploitation significative au cours du quatrième trimestre. Ce qui explique les nouvelles annonces pour contrôler les postes de coûts les plus importants: réduction des frais de personnel (29% des charges d'exploitation sur neuf mois), baisse rapide des investissements (6% à travers les charges d'amortissement), et revirement dans la politique de couverture pétrole (26%).

La mise sous contrôle de ces trois postes se fait parfois de manière violente. Ainsi, le débouclage des opérations de couverture contre le pétrole cher, devenues contreproductives avec la chute du cours du baril de pétrole, ont conduit à une perte sèche de 445 millions d'euros sur le troisième trimestre. Il a également fait fondre les capitaux propres du groupe de plus de 3 milliards d'euros durant la période, et conduit à une remontée mécanique des ratios de solvabilité du groupe, qui certes restent sous contrôle, mais lui laissent moins de marge de manœuvre pour affronter la conjoncture et l'obligent à accélérer les réductions de coûts et à couper dans ses investissements.

Malgré ces mesures, Air France-KLM n'est pas au bout de ses peines. La dégradation de la conjoncture semble loin d'être terminée, ce qui représente une menace pour la profitabilité des activités passage, mais pourrait surtout amplifier les pertes de l'activité cargo. Cette dernière a déjà perdu 42 millions d'euros sur neuf mois, alors qu'elle était bénéficiaire sur la même période de l'exercice précédent.

Air France-KLM doit donc gérer un équilibre particulièrement fragile. Pierre-Henri Gourgeon, le directeur général du groupe, a devant lui quelques beaux défis à relever.