Les cost-killers à la fête

Anne-Sophie Galliano

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Marché du crédit tendu, crise économique, problèmes de trésorerie… Tous les ingrédients sont réunis pour le recours massifs aux cost-killers, les spécialistes de la chasse aux gaspillages. Pierre Lasry, président du directoire et fondateur de LowendalMasaï le reconnaissait dans une interview à Capital: "la crise économique est plutôt porteuse pour le conseil en optimisation de coûts. 2001-2002 avaient été des années de forte croissance pour nous. Et cela s'explique simplement : les entreprises doivent être plus agressives dans leur recherche d'économies".

Les cost-killers sont souvent associés à des hommes de main: coupeur de têtes pour le compte de leurs clients. Ce n'est pas tout à fait la réalité. Les cost-killers font surtout une revue rapide des postes de dépense où des économies peuvent être réalisées comme les achats généraux (les ramettes de papier, les stylos…), les coûts salariaux ou encore la fiscalité de l'entreprise. Autant de leviers qui permettent aux entreprises de faire des économies rapides et dégager du cash. Sur les achats généraux, LowendalMasaï affirme pouvoir générer entre 7 et 10% d'économies. Ce ne sont pas a priori des promesses en l'air: les cost-killers sont rémunérés sur les gains qu'ils font faire à l'entreprise.

Avec la crise, ces gains sont alléchants. Et les "pure cost-killers" ne sont pas les seuls à crouler sous les demandes. Les consultants de Deloitte sont eux aussi amenés à faire du "cost killing". "Aujourd'hui nous avons énormément de demandes urgentes pour des interventions à très court terme. Nous aidons les entreprises à trouver rapidement du cash en analysant tout les leviers de réduction des coûts, en réduisant leur BFR (besoin en fonds de roulement, ndlr) et particulièrement les stocks, en focalisant les ressources sur les projets réellement stratégiques et en arrêtant les autres... Le mot d’ordre: "Cash is King and Expenditure is an exceptional Luxury !" (L'argent est roi et les dépenses, un luxe exceptionnel, ndlr). La mise en œuvre de certaines actions peut être immédiate (arbitrage systématique des dépenses, réduction des frais de déplacement …) et les résultats pour les entreprises sont réels", explique Nicolas Gaultier, associé chez Deloitte.

Mais avec la dureté de la crise "nous arrivons parfois trop tard : Certaines entreprises ont trop attendu et il est trop tard pour entreprendre des actions de fond. Faire la chasse aux coûts s’apparente alors à un plan de sauvegarde des actifs clés pour assurer la continuité de l’activité", affirme Nicolas Gaultier.

Pour les patrons d'entreprise, ils sont la dernière planche de salut. A contrario, côté salariés, l'accueil est plus froid. Légitimement d'ailleurs, car qui dit cost-killer dit souvent réduction des effectifs. Les premiers visés sont les contrats précaires (CDD et intérimaires) dans le sens où leur départ ne coûte rien à l'entreprise. Car un plan social représente du temps et de l'argent. Les délais légaux d'information des représentants des salariés, de négociation, de mise en place de mesures d'accompagnement sont longs. Les contrats précaires, eux, partent du jour au lendemain.

Aujourd'hui, la crise a atteint une ampleur jamais connue. Du coup, tous les PDG pratiquent le cost-killing avec l'aide de consultants ou non. Carlos Ghosn, patron de Renault-Nissan, était avant la crise la figure la plus emblématique du costkiller, aujourd'hui ils sont nombreux. Chris Viehbacher, à la tête de Sanofi-Aventis en fait partie. Il est arrivé en décembre 2008 à la tête du laboratoire et vient d'annoncer sa nouvelle stratégie basée sur la rationalisation du portefeuille produits et des usines, et une revue des pays ou le laboratoire est présent. Alliance de court-termisme et de vision stratégique. Et ce n'est qu'un exemple.

Chasse aux dépenses superflues, d'accord, mais les dirigeants mettent-ils autant de zèle à assurer l'avenir de leur entreprise? Car en temps de crise, il est souvent opportun de faire une analyse opérationnelle de l'entreprise, voire stratégique. "La crise peut être un accélérateur du besoin d'analyse fine", explique Guillaume des Rotours, Associé chez KPMG. "Il y a une vraie volonté de créer une meilleure cohérence entre la direction financière, marketing et vente, et le rôle du contrôleur de gestion est renforcé".

Anticiper, prévoir, analyser, sont les maîtres mots pour assurer la survie d'une entreprise. Alors que la gestion court-termiste est souvent le dernier fil auquel se raccrocher avant une mise en faillite, si la solidité réelle de l'entreprise est en jeu.