La Belgique fait une proposition à BNP Paribas sur Fortis

E24 avec AFP

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La Belgique a fait jeudi 5 mars une nouvelle proposition à BNP Paribas pour tenter de maintenir le projet de rachat par le groupe français de la banque Fortis, mais le pays commence à montrer des signes d'impatience qui pourraient augurer d'un abandon de l'opération. BNP, le gouvernement belge et Fortis se sont donné jusque vendredi minuit pour renégocier l'accord avec le groupe français, signé en octobre mais rejeté en février par les actionnaires de Fortis qui le trouvaient trop avantageux pour la banque française.

Le Premier ministre belge a fait état d'une offre du gouvernement, peu après avoir rencontré dans la journée à Paris le président français Nicolas Sarkozy. Une réponse de BNP Paribas est attendue dans la soirée de jeudi, ou vendredi, a-t-il précisé selon un porte-parole. "Nous sommes dans la dernière ligne droite", a ajouté le chef du gouvernement, sans révéler la teneur de la proposition. "Il y a toujours une chance d'aboutir", a encore dit Herman Van Rompuy, réaffirmant qu'"en cas d'échec des négociations, Fortis est parfaitement viable en position de 'stand alone'".

A l'issue d'une réunion restreinte du conseil des ministres en matinée à Bruxelles, la vice-Première ministre chargée de l'Emploi, Joëlle Milquet, avait toutefois clairement exprimé sa mauvaise humeur face à de nouvelles conditions qu'auraient posées BNP pour maintenir son projet d'acquisiton. "Ce n'est pas parce que de nouvelles exigences sont apparues que nous devons les accepter", avait-elle déclaré, citée par l'agence Belga.

Selon le quotidien néerlandophone De Standaard, BNP exigerait 15 à 20 milliards d'euros de nouvelles garanties de l'Etat belge --ce qui reviendrait selon lui à "mettre la Belgique à genoux". BNP craint en effet une mauvaise surprise dans les comptes de Fortis Banque, dont les pertes seraient plus élevées que prévu au quatrième trimestre, entre 5 et 6 milliards d'euros contre 4 à 5 milliards annoncés jusqu'ici, croit savoir le journal économique De Tijd. Selon plusieurs journaux, BNP réclamerait aussi un régime fiscal favorable.

"BNP se montre de plus en plus gourmande", a indiqué à L'Echo une source proche du gouvernement belge. Même constat pour Le Soir : "L'impression est que BNP Paribas, en exigeant trop, cherche à provoquer un refus de l'autre côté de la table de négociations, faisant du coup porter à la partie adverse la responsabilité d'un échec".

Le mois dernier, les actionnaires de Fortis avaient replongé la banque dans l'incertitude en rejetant un plan de sauvetage mis au point par le gouvernement et passant par le démantèlement du bancassureur par les Etats belge et néerlandais et le français BNP. Ce projet avait été monté à la fin de l'année dernière alors que l'établissement, un pilier de la finance du Benelux et un symbole national en Belgique, avait été ébranlé par la crise financière venue des Etats-Unis.

Les remous autour du dossier Fortis, devenu une affaire nationale, ont déjà entraîné la démission du Premier ministre du pays, Yves Leterme. Il avait dû jeter l'éponge en fin d'année dernière, avec son ministre de la Justice, après avoir été accusé de pression sur la justice pour qu'elle valide le plan de sauvetage de Fortis. Si BNP Paribas devait à présent renoncer, la banque Fortis resterait dans l'immédiat une banque nationalisée par l'Etat belge.