Les magasins de déstockage, une solution à la crise

Anne-Sophie Galliano

— 

Les magasins de déstockage alimentaire se développent, et pourtant, ils restent mal connus. Pour une raison simple: ils ne peuvent pas communiquer comme les autres magasins. "Il nous est impossible de faire des campagnes de pub nationales sur nos magasins car nos fournisseurs n'acceptent pas que nous mettions aux côtés de leurs produits de marques nationales le prix auquel nous le revendons", explique Eric Mérand, directeur général de Stokomani, entreprise spécialisée dans le non-alimentaire qui a réalisé un chiffre d'affaires de 125 millions d'euros en 2008. Logique, les clients n'apprécieraient pas de voir un même produit vendu à des prix totalement différents selon qu'il est distribué dans un hypermarché ou dans un magasin de déstockage.

Un phénomène possible grâce à un principe simple: les magasins de déstockage achètent aux distributeurs leurs stocks d'invendus, des produits alimentaires dont les dates limite de consommation (DLC) sont proches de leurs échéances, ou des produits à date limite d'utilisation optimale (DLUO), c'est à dire dont la date de consommation est dépassée mais qui ne sont pas dangereux pour la santé. Des denrées peuvent aussi se retrouver dans les entrepôts si leurs packaging changent, ou celles présentant un défaut d'étiquetage, par exemple. L'alimentaire n'est pas le seul secteur concerné, les jouets ou les vêtements de collections antérieures peuvent aussi connaître une deuxième vie dans les entrepôts.

Tout le monde y trouve son compte. Les distributeurs revendent des produits qui auraient été de toute façon jetés. Les magasins de déstockage revendent ce même produit en dégageant une petite marge. Et le client profite de produits de marque à un prix défiant toute concurrence, encore faut-il qu'il fasse vite, car les produits changent selon les arrivages. "Un produit soldé en magasin tourne autour d'un discount de 30 à 40%, chez nous c'est bien plus", souligne un responsable de magasin qui refuse de donner un montant exact.

Les magasins de déstockage mieux que le hard discount? Il semblerait. Les entrepôts deviennent LA réponse à la baisse du pouvoir d'achat et à la hausse des prix. "Nous enregistrons une croissance à deux chiffres depuis 2003 et nous ouvrons encore 3 magasins de1.500 à 2.000 mètres carrés cette année", se félicite Eric Mérand, qui gère 27 magasins. Côté marge, silence absolu. "La profession est très secrète sur ce sujet", avoue-t-il.

Pour le consommateur, un brin de vigilance est toutefois nécessaire sur les dates limites de consommation. La direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) compte accentuer les contrôles dans les magasins pours s'assurer qu'aucun produit dont la DLC serait dépassée. Chacun se défend aujourd'hui de pratiquer ce genre de chose. Ecomalin n'a pas hésité à inscrire sur la page d'accueil de son site "nous ne vendons pas de produits périmés (DLC) en accord avec la législation. Nous sommes informatisés, ce qui nous permet chaque matin avant l'ouverture, de retirer tous les produits périmés". La meilleure solution: vérifier par soi-même les dates inscrites sur les produits.