Les Emirats arabes unis punissent les mauvaises nouvelles

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Aux Emirats arabes unis, un changement de la loi prévoit de punir d'amende les journalistes qui diffusent d'informations nuisant à l'image du pays. Auparavant, ils allaient en prison pour des motifs similaires. Plusieurs associations dénoncent une régression de la liberté d'expression.

Les journalistes travaillant dans le pays estiment que la nouvelle loi permet aux autorités du pays de restreindre la liberté d'expression, sous couvert de l'adoption de sanctions moins "sévères". Le nouveau texte constitue néanmoins une régression pour la liberté d'expression, selon le président de l'Association des Journalistes des Emirats, Mohammad Youssouf cité par l'Agence France Presse.

La nouvelle loi menace d'amende toute personne qui diffuse des informations nuisant à la réputation des Emirats ou qui affectent son économie. Les amendes encourues vont de 50.000 dirhams à 1 millions de dirhams (262.000 dollars) pour des propos critique envers la famille régnante. Auparavant, la critique de la famille royale pouvait entraîner une peine d'emprisonnement de cinq ans.

Le Centre de Doha pour la Liberté de l'Information (qui doit lancer une nouvelle version de son site) a critiqué la nouvelle loi, estimant dans un communiqué que "plusieurs de ses dispositions constituent une violation flagrante des conventions internationales qui garantissent la liberté d'expression".

Le Conseil national des médias (NMC), la plus haute autorité en matière de presse aux Emirats, soutient pourtant que le nouveau texte libère la presse de plusieurs contraintes existantes.

"La loi actuelle a 16 articles portant sur des sanctions (...) La nouvelle ne prévoit que trois cas", souligne le directeur général du NMC, Ibrahim Al-Abed, contacté par l'AFP. "Il s'agit des critiques du chef de l'Etat et des souverains des (sept) émirats (de la fédération), de la publication de nouvelles erronées pouvant nuire à l'économie nationale et de la publication d'insultes aux traditions et valeurs" du pays."

Ces principes sont suffisamment vagues pour maintenir une forte pression sur les journalistes. Pour Reporters Sans Frontières, "le principal problème concernant la liberté d’expression dans le pays reste l’autocensure pratiquée par la plupart des journaux. Pour échapper à d’éventuelles actions en justice, la presse s’interdit souvent toute critique visant à nuire à l’image du pouvoir en place."

Une analyse partagée par Abdel Khaleq Abdallah, professeur de Sciences politiques à l'université des Emirats. Il trouve lui aussi que ces formulations sont "très ambiguës et peuvent être utilisées par les autorités" pour exercer des pressions sur les journalistes.

Les Emirats comptent onze quotidiens, six en anglais et cinq en arabe, et le ton général est à l'autocensure lorsqu'il s'agit d'évoquer l'action des responsables du pays, une attitude observée par la presse dans toutes les monarchies arabes du Golfe.

Le pays figurait en 2008 au 69e rang du classement mondial en matière de liberté de la presse établi par l'organisation Reporters sans frontières. Parmi les pays arabes, il était devancé par le Koweït (61e) et le Liban (66e).