400.000 chômeurs supplémentaires en deux ans

E24 avec AFP

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Impact de la crise. L'assurance chômage, première à se livrer au difficile exercice des prévisions sur l'impact social de la crise, pronostique au moins 400.000 chômeurs supplémentaires dans les années 2009 et 2010, alors que les règles d'indemnisation du chômage sont en passe d'être changées. Le régime se fonde sur une hypothèse économique "médiane" voire optimiste d'un recul de 1% du PIB en 2009, selon son président Geoffroy Roux de Bézieux. L'Unedic annonçait hier s'attendre à 282.000 chômeurs supplémentaires sur la seule année 2009.

Geoffroy Roux de Bézieux prévoit un rebond du PIB de 0,5% en 2010, et l'application à partir du 1er avril des nouvelles règles d'indemnisation, valables jusqu'à fin 2010. Si ce scénario se concrétise, en trois ans, la France compterait d'un coup 621.000 demandeurs d'emploi de plus inscrits dans la catégorie 1, qui sert de baromètre officiel: +217.000 en 2008 (chiffre réel), +282.000 en 2009 et +122.000 en 2010 (prévisions). La catégorie 1 ne retient que les personnes cherchant un CDI à temps plein.

Ce scénario, déjà très alarmant, pourrait s'aggraver puisqu'un recul du PIB supérieur à -1% n'est pas exclu, de l'aveu même du gouvernement jeudi soir. L'Unedic, qui révisera sa prévision avant l'été, a déjà commandé une deuxième projection avec 1,5% de recul du PIB en 2009, un chiffre entraînant en cascade davantage d'emplois détruits.

Pour l'Elysée, la pression est d'autant plus forte avant une réunion avec le patronat et les syndicats le 18 février. Tous les experts s'accordent sur le rôle clé de l'indemnisation chômage en matière de stabilisation économique et sociale. Pour les finances du régime, ce deuxième scénario, connu début mars, sera "forcément beaucoup plus négatif en 2010", a prévenu Geoffroy Roux de Bézieux, lors d'un point presse jeudi 12 février, au lendemain d'une réunion du bureau de l'Unedic.

Au lieu d'un retour à l'équilibre, l'Unedic prévoit déjà un déficit cumulé de 5,7 milliards d'euros fin 2010. Cela reste finançable à des taux d'intérêt "satisfaisants" car le régime reste "un créancier sûr" aux yeux des banques, selon ses dirigeants. Les huit gestionnaires du régime (Medef, CGPME, UPA pour le patronat et CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC pour les syndicats) sont convenus de maintenir les cotisations chômage à 4% pour l'employeur et 2,4% pour le salarié. La nouvelle convention d'assurance-chômage, en voie d'agrément, ouvre pourtant la voie à une baisse de cotisations au 1er juillet si le régime dégage un excédent semestriel d'au moins 500 millions d'euros. Or, si cette baisse intervenait, même symboliquement de 0,05%, l'Unedic se priverait de 89 millions d'euros cette année, et 230 millions en 2010.

Geoffroy Roux de Bézieux a redit tout le bien qu'il pensait de la nouvelle convention, qui fera "quelques perdants mais beaucoup de gagnants". La nouvelle convention instaure le principe d'un jour cotisé = un jour indemnisé, dans la limite de 24 mois maximum (36 mois pour les 50 ans et plus). Selon l'Unedic, "autour d'un millier de personnes seront perdantes en 2009, et 10.000 en 2010". Pour FO, opposée comme la CGT, il y aura effectivement 48% de gagnants, qui auront 1,4 mois d'indemnisation supplémentaire, 20% pour lesquels cela ne changera rien mais 32% de perdants qui perdront 4,2 mois d'indemnisation. Potentiellement, cela fait 577.000 perdants, selon FO, qui souligne que "le couperet de la fin de droits tombera plus tôt" et prédit une explosion des demandes de RMI et ASS, financées par l'Etat en 2011. Réponse de Geoffroy Roux de Bézieux: "En 2011 ce sera une nouvelle convention".