Barack Obama s’attaque aux bonus

Solenn Poullennec

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Barack Obama ne mâche pas ses mots contre Wall Street. "C’est honteux", a-t-il déclaré devant des journalistes invités à la Maison-Blanche à propos des 18 milliards de dollars de bonus distribués aux financiers de la place de New York en 2008. Et ce, alors que l’économie américaine s’effondrait. "Il y aura un temps pour faire des profits et pour recevoir des bonus", a indiqué le président américain aux côtés de son secrétaire d’Etat au Trésor Timothy Geithner. "Ce n’est pas le moment aujourd’hui et je compte sur le secrétaire Geithner pour transmettre aux financiers ce message", a-t-il martelé selon le New York Times et Associated Press.

Obama, qui avait déjà dénoncé les bonus illégitimes au cours de sa campagne, a réagit immédiatement à la publication d’un rapport du contrôleur de l’Etat de New York. Thomas P. DiNapoli y démontre que les bonus des traders et des vendeurs de Wall Street ont chuté de 44% par rapport à l’année dernière (18,4 milliards en 2008 contre 32,9 milliards de dollars en 2007). Mais, le volume des ces bonus reste le 6e plus gros des records enregistrés. En 2008, les traders profitent encore d'un bonus annuel moyen de 112.000 dollars (-36,7%). En outre, sans compter les stocks options, les financiers de Wall Street ont gagné autant d’argent en 2008 qu’en 2004. A cette époque, l’économie américaine était au plus haut. Rien à voir avec le bilan financier catastrophique de l’année dernière.

Ce rapport a fait l’effet d’une bombe. Les institutions financières ont reçu 700 milliards de dollars du gouvernement pour faire face à la crise. L’argent des contribuables aurait donc pu servir à gâter les traders. Alors que la chambre des représentants vient juste d’approuver un plan de relance de 819 milliards de dollars, les américains s’inquiètent de l’augmentation de leurs impôts.

Tandis que les entreprises américaines ont annoncé 65.000 suppressions d’emploi cette semaine, les américains exigent que leur argent soit bien utilisé. Sous la pression de l’opinion, l’ex-patron de Merrill Lynch, John Thain, a dû s’engager à rembourser Bank of America les 1,2 millions de dollars qu’il avait dépensés dans la restauration de son bureau.

La Maison-Blanche surveille aussi les financiers de près. Citigroup a été contraint à renoncer à l’achat d’un jet privé. Le gouvernement avait fait savoir qu’un tel achat était déplacé alors que la banque avait reçu près de 45 milliards de dollars d’aide financière.

A l’heure où Barack Obama pourrait demander au Congrès de voter de nouvelles aides aux banques, des voix s’élèvent donc au sein des partis pour demander un contrôle de la rémunération des dirigeants en échange de l’aide de l’Etat. Un tel système n’existe pas aujourd’hui. Le secrétaire d’Etat au trésor Timothy Geithner a cependant assuré que le gouvernement travaillait à la mise en place de nouvelles règles. Les entreprises qui ont reçu l’aide du gouvernement ne pourraient pas accorder de bonus à leurs dirigeants avant d’avoir remboursé l’Etat.