Royaume-Uni: grève contre la venue de travailleurs étrangers

E24 avec AFP

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"Des emplois britanniques pour les travailleurs britanniques". Des milliers de travailleurs temporaires britanniques ont fait grève, vendredi 30 janvier, pour protester contre l'embauche par Total d'intérimaires italiens et portugais. Un rare mouvement d'humeur dans le pays, montrant l'ampleur des craintes alors que la récession qui s'y installe. Ces grèves se sont déroulées pacifiquement sur une dizaine de sites liés à l'énergie en Angleterre, en Ecosse, au Pays de Galles et en Irlande du Nord. Elles n'ont pas eu de conséquences sur la production d'après les groupes concernés (Total, Shell, BP, ExxonMobil ou l'Allemand RWE).

Le mouvement a commencé mercredi à la raffinerie Total de Lindsey, dans l'est de l'Angleterre. Le groupe français, présent depuis quarante ans et qui se considère comme "un très bon employeur local", y fait travailler 550 personnes et entre 200 et 1.000 intérimaires. Mais, à l'issue d'un appel d'offres mettant en compétition cinq entreprises britanniques et deux étrangères, un projet d'extension de 200 millions de livres (220 millions d'euros) a été confié à l'italienne IREM. Cent ouvriers italiens et portugais, que rejoindront 300 autres le mois prochain, logent déjà sur des péniches amarrées près du site.

Les manifestants se sentent trahis par le Premier ministre Gordon Brown. Ce dernier avait promis en 2007 des créations d'emplois massives "pour les travailleurs britanniques". Ce vœu répondait déjà à une demande de la base, mais certains à droite comme à gauche avaient jugé que Brown faisait le jeu de l'extrême-droite.

Le chômage, bien qu'à 6,1% seulement, est au plus haut depuis dix ans au Royaume-Uni. Pas une journée ne passe sans l'annonce de centaines de suppressions d'emplois. Le Fonds monétaire international (FMI) y prédit la pire contraction (-2,8%) du PIB de tous les grands pays industrialisés en 2009.

Le porte-parole de Gordon Brown a assuré que le gouvernement allait s'assurer auprès du secteur de la construction "qu'ils font tout pour soutenir l'économie britannique". Tout en estimant que le conflit de Lindsey devait "être réglé entre employés et employeurs".