La part variable des constructeurs automobile est corrélée aux résultats

Anne-Sophie Galliano

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Les patrons de la filière automobile doivent renoncer à leur "superbonus" s'ils veulent bénéficier de l'aide de l'Etat. Christine Lagarde l'a rappelé mercredi matin sur RTL. Qu'entend la ministre de l'Economie par superbonus alors qu'aucun constructeur ou équipementier n'ont de bonus de fin d'année, comme en témoignent les rapports annuels?

Si par bonus, la ministre entend la part variable des rémunérations des dirigeants, effectivement la requête de l'Etat peut se justifier. Sauf que cette part variable est calculée sur les résultats de l'entreprise, plus précisément sur le niveau de marge opérationnelle pour Renault et PSA Peugeot Citroën. Interrogés sur l'avertissement donné par Christine Lagarde, les constructeurs ne se sentent pas concernés par les propos de la ministre. "Nos dirigeants ont une rémunération fixe et une part variable qui correspond à 20% du fixe si l'objectif de marge est atteint. Comme nous avons annoncé que nous n'atteindrons pas l'objectif de 4,5% pour 2008, les dirigeants ne toucheront pas leur part variable au titre de l'exercice 2008", explique Renault. En 2007, Carlos Ghosn avait touché 2,6 millions d'euros, dont 1,3 millions d'euros de variable. Au titre de 2008, il ne devrait toucher "que" sa part fixe de plus d'un million d'euros, montant qui sera fixé par le conseil d'administration, et validé en Assemblée générale après la publication des résultats en février.

Christian Streiff, PDG de PSA Peugeot Citroën, est plus avantagé que son homologue et concurrent: son variable (entre 50 à 110% de sa rémunération fixe) étant acquis. Seul le pourcentage varie vraiment. Là aussi, il est fonction du niveau de marge atteinte. Au titre de 2007, le PDG a touché 1,3 millions d'euros en 2007 et 1,9 millions d'euros de variable (52,44%). Un niveau qui pourrait être revu à la baisse en 2008 puisque le constructeur a lui aussi averti le marché à la fin de l'année dernière que sa marge opérationnelle serait aux alentours de 1,3% contre 3,5% attendu fin 2008. "Nous ne pouvons pas dire aujourd'hui si il touchera une part variable ni donner d'indication sur son niveau tant que les résultats ne sont pas publiés et tant que le comité des rémunérations ne s'est pas réuni", précise un porte parole de la marque au lion. A l'heure actuelle, il est simplement prévu que, dans des circonstances exceptionnelles, sa part variable puisse être remise en cause. Tout est question d'appréciation. La crise actuelle, d'une ampleur sans précédent, est-elle une circonstance exceptionnelle? Si le comité de rémunération répond à cette question par l'affirmative, Christian Streiff verra sa rémunération variable chuter. S'il répond par la négative, il touchera au minimum une rémunération supplémentaire de 50% de son salaire fixe.

Du côté des équipementiers automobiles: pas de bonus ni même de variable. Pour Michelin, la situation du dirigeant est même plus risquée. Michel Rollier, gérant commandité, ne touche pas de rémunération en tant que telle mais un tantième correspondant aux résultats de l'entreprise et décidé après la publication des résultats. Si le groupe est en perte, non seulement il ne touchera pas de rémunération mais en plus il est responsable sur ses biens propres, a expliqué à E24 un porte-parole de Michelin.

Thierry Morin, PDG de Valeo, touche, lui, une rémunération brute –de 1,597 millions d'euros en 2007. Il "n'a pas perçu de rémunération variable en 2007, ni aux cours des deux exercices précédents", précise l'équipementier dans son rapport annuel. Il serait étonnant qu'il touche une part variable au titre de 2008.

Dans un contexte de crise, et après les avertissements sur résultats des constructeurs, la rémunération variable des dirigeants va logiquement être revue à la baisse, voire supprimée puisqu'elles sont corrélées aux résultats.