Le plan de vidéosurveillance à Paris coûtera 40 à 50 millions d'euros pour l'Etat

Thibaud Vadjoux

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Plus de 1000 caméras de surveillance vont être installées dans les rues de Paris d'ici le début de l'année 2011. Le Conseil de Paris a approuvé, lundi 20 octobre, le plan du préfet de Police, Michel Gaudin.

Ce système de surveillance de la voie publique vient accroître considérablement le parc actuel, composé de 229 caméras de la ville de Paris et de 120 caméras de la préfecture. Les 1.226 nouvelles caméras seront financées par un partenariat public privé, comme le souhaite la préfecture, initiateur et maître d'œuvre du programme, pour un montant de 40 à 50 millions d'euros. L'opérateur privé, choisi avant l'été 2009 via appel d'offres, sera responsable de l'installation, l'exploitation et l'entretien du matériel moyennant une rente annuelle de l'Etat.

Concrètement, "la ville participera au plan en prenant en charge les travaux de voierie pour l'installation des caméras. C'est tout", annonce-t-on au cabinet de George Sarre, le conseiller municipal chargé de la sécurité à Paris. "Le montage financier prévu par la préfecture est assez flou pour nous, on ne sait pas très bien ce que recevra l'opérateur privé", avance-t-on au cabinet de l'élu MRC.

Un marché sous bon oeil

Peu importe les chiffres exacts, le marché est juteux. Le business de la vidéosurveillance pourra bénéficier d'une demande publique en forte progression. L'objectif du gouvernement est en effet de tripler le nombre de caméras sur la voie publique pour passer de 20.000 en 2007 à 60.000 en 2009 au niveau national.

Le rapport de Philippe Melchior (octobre 2007), à l'origine du plan du ministère de l'Intérieur, prévoit une multiplication de la demande publique par plus de deux d’ici 5 ans. L'inspecteur général de l'administration évalue à 30.000 euros le prix moyen d'une caméra sur la voie publique (12.000 euros hors voie publique) auquel il faut ajouter 6.000 euros de frais annuels de fonctionnement.

Les professionnels se frottent les mains. Le rapport sur la vidéosurveillance (juillet 2008) de l'Institut National des Hautes Etudes de Sécurité, qui se présente comme un "établissement public conçu comme un lieu et outil de travail interministériel", indique que "la vidéo protection représente environ 5 % de ce marché global de la sécurité mais connaît une progression particulièrement dynamique (dépassant 10% depuis deux ans). La vidéo protection en France représente aujourd’hui une activité économique regroupant plus de 200 entreprises pour un chiffre d’affaires avoisinant les 800 millions d’euros en 2007".

Un fonds pour la prévention de la délinquance et la vidéosurveillance

Depuis la loi Pasqua de 1995, de tels équipements sont mis en place sur la voie publique mais sont restés confidentiels. Les émeutes dans la banlieue de la région parisienne en 2005 ont ravivé l'intérêt du ministère de l'époque dirigé par un certain… Nicolas Sarkozy. Aujourd'hui, le gouvernement donne un sérieux coup d'accélérateur et met les moyens pour aider les communes à s'équiper.

En application de la loi du 5 mars 2007, les pouvoirs publics mettent à disposition des collectivités des crédits d'équipement au travers du fonds interministériel pour la prévention de la délinquance. En octobre 2007, à l'Assemblée nationale, Michèle Alliot-Marie, indiquait que "la vidéo-protection a été l'une des principales sources d'emploi des crédits du fonds interministériel de prévention de la délinquance. 309 projets ont été financés dans 75 départements (y compris les 4 DOM) pour un montant total de 13,4 millions d'euros représentant 30 % environ des crédits engagés sur le FIPD au cours de cette année. Les communes ont représenté 82 % des porteurs de projet."

En outre, l'Etat pourra financer jusqu'à 100% le raccordement des systèmes de surveillance aux gendarmeries et à des centres de supervision, permettant un maillage complet d'un territoire.