Si l'Etat cessait de payer pour les cathédrales

Johana Sabroux

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Une cathédrale, ça coûte cher... surtout à l'Etat. Jean-Jacques Aillagon propose donc de transférer leur propriété aux collectivités locales. L'entretien et les réparations, fort coûteuses, passeraient alors à leur charge. L'ancien ministre de la Culture vient de soumettre un projet d'avis sur le patrimoine au Conseil économique et social.

Actuellement président du domaine national de Versailles, Jean-Jaques Aillagon suggère en outre qu'une petite partie (entre 0,5% et 1%) des recettes de la Française des Jeux soit prélevée pour aider à l'entretien du patrimoine monumental français. Cela pourrait dégager entre 45 et 90 millions d'euros. Cette ressource supplémentaire permettrait d'approcher ou d'atteindre les 400 millions de crédits de paiement, soit le montant communément admis pour assurer un "traitement normal" du patrimoine monumental, a souligné l'ancien Ministre.

Le "coeur du patrimoine"

Dans son projet d'avis visant à impulser "une nouvelle dynamique pour les politiques de conservation du patrimoine monumental", Jean-Jacques Aillagon insiste sur la nécessité de "clarifier" et de "rationaliser" la propriété publique des monuments. Il suggère d'engager une réflexion pour voir ce qui peut être "décentralisé" et ce qui doit rester à l'Etat car cela constitue le "coeur du patrimoine", pour des raisons historiques ou artistiques.

Sous son ministère, en 2003, une commission présidée par René Rémond (décédé depuis) avait mené un premier travail qui avait débouché sur la décentralisation de la propriété d'une cinquantaine de monuments, sur la base du volontariat. Cette fois-ci, Jean-Jacques Aillagon propose d'aller plus loin, notamment en se penchant sur le cas des cathédrales.

Depuis la loi de 1905 de séparation de l'église et de l'Etat, les cathédrales (siège de l'évêque) sont des biens nationaux. Or il y a à la fois des "édifices majeurs (Paris, Bourges, Reims, Amiens...) et des "édifices plus modestes ou moins significatifs" (Pamiers, Montauban, Lille), estime le projet d'avis. Un avis que ne partage pas justement le maire de Pamiers, André Trigano: "Mettre les cathédrales à la charge des communes, c'est une vue de l'esprit. On ne peut pas tout faire, la part du patrimoine déjà à la charge de la commune représente déjà 10% du budget d'investissement de la ville."

Parallèlement, certaines grandes cathédrales gothiques, aujourd'hui désaffectées de leur fonction canonique de siège d'un évêque (Senlis, Sens, Toul), appartiennent à des communes qui en supportent la charge très lourde. Pascale Mathiault, adjointe au patrimoine à la mairie de Senlis, témoigne de ce qui pèse particulièrement lourd dans le budget de la ville: "ce ne sont pas tant les dépenses de rénovation, qui sont très aidées par l'Etat, mais surtout les frais de fonctionnement, de chauffage, d'entretien..." Ainsi, la facture EDF de la cathédrale de Senlis s'élève à 10.000 euros chaque année, et lorsqu'il faut remplacer les 1.000 chaises du bâtiment, c'est une dépense supplémentaire de 150.000 euros.

Volontariat

L'Etat pourrait céder certains monuments et en "adopter" de plus importants et plus significatifs, explique Jean-Jacques Aillagon en soulignant que tout cela se ferait sur "la base du dialogue" et du "volontariat". L'ancien ministre reconnaît que toucher à la propriété des cathédrales suppose de modifier la loi de 1905, ce qui est susceptible de susciter un vaste débat dans le pays. Le projet d'avis, discuté mardi en Assemblée plénière du Conseil économique et social, organisme consultatif, sera soumis au vote des conseillers mercredi 22 octobre.