L'économie française est à la mode

Guillaume Guichard

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Les Anglo-Saxons n'ont plus envie de se moquer du pays des 400 fromages. Ils se mettent même à l'envier. "Les Etats-Unis sont sur le point de devenir une version caricaturale du pays le plus méprisé par nos bons patriotes, la France. Avec une moins bonne gastronomie." Ce constat, dressé par le magazine américain Time, n'est pas isolé. Alors que les excès du libéralisme "à l'anglo-saxonne" ont causé la crise actuelle, le modèle français reçoit les faveurs de ceux qui la moquaient auparavant. Ces derniers mois, rien de moins que le Financial Times, Newsweek, The Economist, et le magazine américain Time sont revenus sur ce curieux modèle.

Tout part d'un constat. "Jusqu'à présent, l'économie française est moins touchée par la crise que beaucoup d'autres pays", remarque The Economist. "Son PIB devrait baisser de 3% cette année d'après le FMI, contre 4,1% au Royaume-Uni, 4,4% en Italie et 5,6% en Allemagne". Et, encore plus étonnant pour l'hebdomadaire, "le déficit français (6,2% du PIB) devrait demeurer bien au-dessous de celui des Etats-Unis (13,6%) et du Royaume-Uni (9,8%)". En d'autres mots, la France tient debout alors que les pays chantres du libéralisme sont à genou.

Comment est-ce possible? Grâce à l'Etat et à une plus grande régulation de l'économie, répondent en cœur les éditorialistes d'outre-manche et d'outre-Atlantique. Résultat, près de 49% de la population active est peu vulnérable à la récession, observe The Economist.

Vive le gaullisme

Moins de marché, plus d'Etat. La formule est donc devenue à la mode avec la crise financière. Au point que Sir Howard Davies, directeur de la London School of Economics, véritable temple du libéralisme, rende hommage au… gaullisme. Dans un point de vue publié par le Financial Times, Sir Howard tire "les leçons françaises sur le nouveau rôle de l'Etat". Il rend hommage au "discours fascinant" de François Fillon donné en janvier sur le gaullisme, "une synthèse d'efficacité économique, de capitalisme et de justice sociale". Bref, un modèle vers lequel peut se tourner la France par temps de crise, alors que le Royaume-Uni a "le plus grand mal à [se] rappeler d'un temps où l'intrusion de l'Etat dans l'économie était une solution plutôt qu'un problème".

Airbus et le TGV

Peter Mandelson, le ministre britannique du Commerce, a donc franchi le Channel pour aller regarder de plus près comment la France menait des politiques industrielles, si utiles par temps de récession. "Nous avons des choses à apprendre de la part des Continentaux", a-t-il déclaré lors de ce voyage d'étude à Paris, début mars. "La France est meilleure que nous pour fixer des objectifs stratégiques", a-t-il ajouté, rapporte le Financial Times. Et de citer les exemples bien connus du TGV et de l'industrie aéronautique.

Mais il faut faire attention à la mode de l'économie "à la française". "Si l'interventionnisme gagne trop de terrain, alors l'Europe devra payer un lourd tribu en terme d'opportunités manquées en terme d'innovation et de croissance", prévient Holger Schmieding, chef économiste pour l'Europe à Bank of America, dans Newsweek. The Economist ne dit pas autre chose: "une économie plus stable par temps de récession signifie aussi une économie moins dynamique et moins innovante une fois que la reprise intervient". Des critiques émises de longue date à l'encontre de l'économie française.