Pas de risque d'éclatement de la zone euro, selon Trichet

E24 avec AFP

— 

Le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet a jugé mercredi 21 janvier "infondées" les craintes d'un éclatement de l'euro et de l'Union monétaire en raison de la crise financière. "Toutes les monnaies du monde sont sous pression face aux turbulences financières actuelles", a-t-il déclaré lors de son audition régulière devant la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen. "L'euro et la zone euro ont montré au contraire une capacité de résistance face à la crise", a ajouté le Français. Selon le dirigeant, la monnaie unique "a fonctionné comme une protection" pour les citoyens de la zone euro".

Mais Jean-Claude Trichet a aussi mis en garde contre un dérapage incontrôlé des finances publiques dans le sillage des différents plans de relance économique mis en place pour lutter contre la récession. "La situation économique actuelle appelle à une prudence particulière en ce qui concerne l'adoption de vastes mesures budgétaires de relance (...)" pour soutenir la conjoncture, a-t-il dit. Ces mesures ne doivent "en aucun cas risquer de miner la confiance dans la viabilité des finances publiques, ce qui aurait pour conséquence de diminuer l'efficacité d'une relance budgétaire", a-t-il averti.

Ces remarques interviennent alors que des divergences de "qualité de signature" apparaissent au sein de la zone euro. Deux pays, l'Espagne et la Grèce, ont ainsi vu leur notation dégradée par l'agence Standard and Poor's. Cette révision signifie que le risque de défaut lié au remboursement leur dette a augmenté. Le fossé se creuse par ailleurs entre les taux pour les emprunts d'Etat, avec des écarts sans précédents. Le taux de référence pour les emprunts allemands (Bund) sur 10 ans évoluait ce mercredi à 3,003%, plus bas que celui de la France (3,570%), de l'Espagne (4,228%), de l'Irlande (5,524%) ou de la Grèce (5,773%).

Le président de la banque centrale européenne a par ailleurs estimé que la zone euro n'est menacée par "aucun risque de déflation". Jean-Claude Trichet a au contraire estimé que la "désinflation liée à la forte chute des prix des matières premières" est "une évolution favorable", qui devrait soutenir la conjoncture. L'inflation avait atteint un pic cet été, nourrie par la montée de l'énergie, et pesé entre autres sur la consommation des ménages. Maintenant, cela "va dans l'autre direction", a ajouté le Français en soulignant que le prix très élevé du pétrole et des matières premières a joué dans le passé un rôle négatif pour la croissance.

Le dirigeant mise toujours sur une reprise économique en 2010, après "une année 2009 difficile". Selon les nouvelles prévisions de la Commission européenne, le produit intérieur brut de la zone euro devrait reculer pour la première fois depuis sa création il y a dix ans, de 1,9%.

Face à ces difficultés, la BCE, qui doit publier ses propres pronostics début mars, a décidé jeudi dernier d'abaisser son principal taux à un plancher historique de 2%. Depuis le 8 octobre, l'institution de Francfort a diminué son taux de 2,25 points de pourcentage en quatre fois. Jean-Claude Trichet avait signalé il y a une semaine l'intention du conseil de faire une pause en février et laissé entrevoir une nouvelle réduction des conditions du crédit en mars.