Succès de la stratégie multi-domestique de BAE Systems

Anne-Sophie Galliano
— 

 Les marchés chutent, le moral des investisseurs est en berne.    Pourtant, après sa hausse de plus de 3% jeudi 19 février, BAE Sytems affiche    une progression de 1,75% en Bourse. La communauté financière, en mal de    bonnes nouvelles, salue encore la hausse de 93%    du bénéfice net du groupe. Force est de constater que la    stratégie de BAE Systems de prendre pied sur le marché américain depuis cinq    ans est vraiment pertinente. Un coup de chance.  

 A la base, cette offensive du groupe aux Etats-Unis a surtout été une    réaction défensive face à General Dynamics. Ce dernier sort de ses    frontières et rachètent à tour de bras des entreprises de défense en Europe:    Santa Barbara en Espagne (en 2001), Steyr en Allemagne (en 2003), Mowag, en    Suisse (en 2003). Sa nouvelle cible en 2004 est Alvis, le fabricant de chars    anglais. BAE Systems prend peur. "Il n'était pas concevable que les    Britanniques laissent partir aux mains d'étrangers une entreprise de défense    sur leur territoire. BAE Systems devait bouger, d'autant qu'il en était    actionnaire", souligne un observateur. Ce qu'il a fait. En    renchérissant à la dernière minute sur l'offre américaine, il souffle le    tankiste à l'Américain pour 536 millions d'euros.  

 BAE Systems décide alors de passer à l'attaque. Il avait déjà racheté    quelques entreprises sur le territoire américain, mais décide de frapper    fort. Une opportunité se présente: Unit Defense Industries (UDI). En 2005,    il fait une offre: 4 milliards de dollars et remporte le fabricant de char    américain. Le timing est idéal: UDI produit le véhicule de combat le plus    populaire de l'infanterie américaine, le Bradley. La guerre en Irak    s'enlise. Bush demande une rallonge de 81 milliards de dollars pour financer    la guerre, dont 1,3 milliard de dollars pour les seuls achats de Bradley.    Dans la foulée, UDI est choisit aux côté de General Dynamics pour le    développement du FCS (future combat systems). Un contrat de 100 milliards de    dollars à se partager.  

 BAE Systems a joué un grand coup. Il s'est imposé sur le plus gros    marché de la défense au Monde (près de 700 milliards de dollars). Mieux: il    est perçu aujourd'hui comme une entreprise américaine sur le territoire, et    non comme un britannique en zone américaine.  

 Le français Thales a aussi bien compris le besoin d'être    multi-domestique: être intégré totalement à un pays quitte à gommer sa    nationalité. En 2000, il rachète la société Racal, qui lui ouvre le marché    britannique. Sur la zone, il est aujourd'hui le numéro deux. "Nos    trois premières commandes en volume, soit 1,2 milliard d'euros, viennent de    la Grande-Bretagne", se félicite Denis Ranque lors de la présentation    de ses vœux à la presse.  

 EADS, lui, n'a jamais réussi sur des marchés clé. Le Franco-Allemand a    opté pour une stratégie différente: créer sa filiale aux Etats-Unis, EADS    North America. A partir de cette structure, il essaie de décrocher des    contrats. Cela ne marche pas. A l'exception d'Eurocopter, qui, dans le    civil, est parvenu à s'imposer sur le marché des hélicoptères.  

 Pour le reste, EADS est à la peine. Le gouvernement américain, à    l'instar des autres pays, favorisent les entreprises locales. EADS aurait pu    rattraper son retard sur BAE Systems. Il en a eu l'opportunité en 2008. Il    était en train de boucler l'acquisition d'une entreprise américaine mais la    crise a eu raison de ses ambitions. "Nous avions fini les négociations,    le chèque était signé, mais au dernier moment nous ne l'avons pas envoyé",    a révélé Louis    Gallois, lors de ses vœux à la presse, pour qui la priorité    était alors et reste de sauver la trésorerie.  

 Pour les Etats-Unis, EADS a une nouvelle chance: les ravitailleurs    américains, un énorme contrat de 35 milliards de dollars pour 179 avions    ravitailleurs. Il avait été attribué à l'américain Northrop Grumman et à son    partenaire EADS, avant d'être remis en jeu après une contestation de Boeing    devant la Cour des comptes américaine. L'espoir est mince pour le    franco-allemand de manger enfin sa part du gâteau américain. Mais il    concourt.