Jusqu’où peut aller la BCE pour aider la finance mondiale?

Julien Beauvieux

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Jean-Claude Trichet, président de la BCE, a plaidé vendredi 20 février en faveur d'une amélioration de la transparence et de la supervision des institutions financières mondiales. Une réforme à laquelle la BCE pourrait prendre part en Europe. Le dirigeant est par ailleurs revenu sur les mesures mises en place pour contrer la paralysie des marchés financiers, et a éloigné la perspective d'une nouvelle baisse des taux d'intérêts.

"Nous sommes en présence du premier test grandeur nature de l'économie globalisée", a estimé Jean-Claude Trichet lors d'une rencontre organisée par l'AJEF et l'European American Press Club. A l'approche du G20, qui se tiendra début avril à Londres, il s'est déclaré confiant dans la capacité des 20 pays les plus riches à "éliminer les éléments court-termistes, les éléments d'amplification contra-cycliques" qui ont favorisé l'émergence de la crise. "La transparence doit être accrue concernant les institutions financières et les produits financiers", a-t-il ajouté.

Jean-Claude Trichet a en outre insisté sur l'importance "que les pays émergents soient associés au processus". Le "système tout entier qui doit changer. Il ne s'est pas montré assez résistant aux turbulences", a-t-il averti. Il s'est en revanche inquiété de la capacité des participants à "s'assurer que les politiques macroéconomiques seront sous surveillance pour éviter que de grands déséquilibres se reproduisent". "Ce qui arrive est la conséquence d'une accumulation de déséquilibres", a-t-il rappelé en référence à la sous-estimation des risques par les intervenants financiers.

Parmi les leviers nécessaires pour endiguer la crise, "les banques centrales devraient avoir des responsabilités plus clairement assignées concernant la stabilité financière", a-t-il estimé. Au niveau européen, "nous nous tenons disponibles si l'Europe pense utile d'utiliser l'article 105.6 du présent traité de Maastricht", a-t-il déclaré. Le président avait déjà évoqué en janvier dernier cette possibilité, qui permettrait de donner des responsabilités de supervision bancaire supplémentaires à la BCE. "Des réflexions sont en cours", a-t-il ajouté.

Dans une interview accordée au Wall Street Journal, la ministre de l'économie française Christine Lagarde a néanmoins estimé qu'une telle éventualité poserait problème, car "la BCE n'a pas autorité sur l'ensemble de l'Union européenne".

Le président de la BCE est par ailleurs revenu sur les mécanismes mis en place depuis le début de la crise. Concernant les baisses de taux d'intérêt de 225 points de base, qui ont porté le taux de refi de la BCE à 2%, le dirigeant a laissé entendre que de nouveaux assouplissements monétaires ne sont pas imminents. "Nous avons le sentiment que les taux zéros sont associés à un certain nombre d'inconvénients", a glissé Jean-Claude Trichet.

La BCE va en revanche poursuivre "aussi longtemps que nécessaire" ses opérations de refinancement des établissements bancaires. Ces opérations, qui ont contribué à augmenter la taille du bilan de la BCE de 600 milliards d'euros, "ont été efficaces au niveau de la liquidité mais (…) le degré d'aversion au risque reste élevé", a-t-il jugé.

Ces mesures ne peuvent cependant pas s'inscrire dans la durée, et "les banques doivent retrouver leur rôle d'intermédiaire sur les marchés financiers", a rappelé le dirigeant. Jean-Claude Trichet a insisté sur l'importance du retour à la confiance et a invité les gouvernements à poursuivre leurs efforts. "Nous avons dit aux gouvernements qu'il y avait aussi un risque de solvabilité systémique", contre lequel les banques centrales "ne peuvent rien faire", a-t-il ajouté en référence aux risques de faillites bancaires en chaîne. Sur ce point, les Etats devront continuer à soutenir les établissements en difficulté et, peut-être, aller jusqu'à les nationaliser…