Pour des "politiques coopératives"

Julien Beauvieux

— 

Le 8 mai 1945 prenait fin la Seconde Guerre mondiale, et avec elle l’une des guerres économiques les plus importantes de l’Histoire. Mais contrairement à l’après 1914-1918, qui fut marqué par la crise de 1920-21 et la rechute de 1929, l’économie mondiale a connu un développement économique durable de près de 30 ans à partir de 1945 grâce aux politiques coopératives menées à l'époque.

"La (Première) Guerre (mondiale) a conduit les principaux belligérants – dont en particulier la France et l’Allemagne – à accroître considérablement la création monétaire pour financer les dépenses de l’Etat, provoquant ainsi de fortes tensions inflationnistes dans la mesure où le potentiel économique était réduit et tourné vers l’effort de guerre", écrit Pierre Bezbakh, maître de conférence à l’Université Paris-Dauphine, dans son Histoire de l’économie.

L’endettement des vainqueurs, et notamment de la France, devenue débitrice nette à la sortie du conflit, devait trouver sa solution dans les réparations que paierait l’Allemagne aux Alliés. La question "a empoisonné le climat économique pendant près de 15 ans", explique Guillaume Daudin, professeur à Lille et chercheur associé à l’OFCE. Elle sera même l’une des clefs de voûte du discours politique d’Adolf Hitler.

Le retour à l’étalon-or, abandonné pendant la guerre et rétabli notamment par le Royaume-Uni (1925) et la France (1926), fut par ailleurs précédé d’une politique d'austérité monétaire qui conduisit à la déflation, aujourd’hui tant redoutée. Une violente crise de surproduction eut lieu en 1920 et 1921. Elle fut suivie par une période de croissance forte mais instable pendant les années 20.

Les "grosses entreprises industrielles ont développé leur capacité productive durant le conflit et accru leur avance technologique" et deviendront "les fers de lance de la reprise économique et d’une standardisation de la production", note Pierre Bezbakh. On lutte également contre le protectionnisme. Concernant les quotas de marchandises importées, institués à l’issue de la Première Guerre mondiale, "la situation est redevenue normale dès 1923", insiste Paul Bairoch dans ses Mythes et paradoxes de l’histoire économique.

Mais cette reprise ne dura pas et déboucha sur la crise de 1929. Contrairement à la croissance des "Trente Glorieuses" qu’ont connu les pays développés entre 1945 et le début des années 70. "L’Europe de l’Ouest a récupéré plus rapidement de la seconde guerre mondiale que de la première », explique Guillaume Daudin. A la sortie du deuxième conflit mondial, "des politiques coopératives ont été menées, notamment dans le cadre du plan Marshall américain", explique-t-il.

Le Plan Marshall fut adopté en 1947 et consistait en des prêts et dons en dollars américains aux pays européens, ravagés par les destructions et les pénuries. En échange, ces derniers s’étaient entendus autour d’un plan de reconstruction, au sein de l’Organisation européenne de coopération économique (OECE).

Cette aide, centrée autour du dollar, fut permise par les accords de Bretton Woods (1944), qui avaient instauré le système du "Gold Exchange Standard". Le dollar y occupait le rôle de monnaie mondiale "as good as gold", contrairement au système multipolaire mis en place à Gênes en 1922, et qui favorisa les désordres monétaires dans les années 20. Par ailleurs, les "problèmes de dette ont été très vite réglés à la fin de la Seconde Guerre mondiale", explique Guillaume Daudin.

Face à des défis tout aussi considérables que ceux affrontés au lendemain de la guerre, une telle volonté de coopération ne s’est cependant toujours pas manifestée aujourd’hui. Malgré l’entente internationale manifestée lors du G20 et les efforts de relance nationaux, les "déséquilibres globaux" actuels, notamment le financement de la dette américaine par les excédents commerciaux chinois, ou la place du dollar, "ne sont pas encore au cœur des problèmes", estime Guillaume Daudin. "Nous subissons pour l’instant les effets de la crise financière, mais les effets des déséquilibres internationaux sont devant nous", conclut l’économiste.