Les vraies raisons du prix de votre gaz

Thibaud Vadjoux

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Le prix du gaz en France sera abaissé "dès que cela sera opportun" et si les prix des produits pétroliers se stabilisent ou continuent de baisser, a déclaré, mercredi 7 janvier, la ministre de l'Economie, Christine Lagarde.

Fixé par le ministère de l'Economie et réévalués théoriquement tous les trois mois, les prix sont calculés à partir de la moyenne des cours des produits pétroliers et du taux de change euro/ dollar, sur une période de six mois. Le prix du gaz est donc indexé sur celui du pétrole mais le gouvernement garde le dernier mot. "Si le gouvernement avait décidé de réajuster le prix au 1er janvier, en tenant compte de l'évolution des prix des produits pétroliers du 1er juillet au 31 décembre, "cela nous aurait amené mathématiquement à augmenter les tarifs du gaz, nous avons souhaité ne pas le faire", a souligné Christine Lagarde.

Pourquoi les prix du gaz sont-ils corrélés à ceux du pétrole? La réponse est affaire de concurrence. Le gaz n'est pas indispensable en soi. Il peut être remplacé par n'importe quelle matière première énergétique, et plus particulièrement le pétrole ou le charbon dans la production d'électricité. En fait, le pétrole est la principale énergie concurrente du gaz dans tous ses usages. Les producteurs de gaz, pour éviter de disparaître devant les fournisseurs de pétrole, ont donc aligné les prix du gaz sur ceux du pétrole, ce qui le rend compétitif. L'avantage pour les acheteurs: cela leur permet de diversifier leurs approvisionnements sans surcoût. Une nécessité pour les pays européens qui comme la France n'ont ni gaz ni pétrole et vont devoir acheter de plus en plus de gaz. Le taux de dépendance énergétique au gaz (rapport des importations sur les besoins) de l’Europe des 15, seule donnée disponible, va passer de plus de 70% en 2006 à 80% d’ici à 2030.

A qui achète t-on le gaz? GDF Suez, le plus gros acteur français, achète son gaz à neuf grandes sources: la Norvège, les Pays-Bas, l'Algérie, la Russie, l'Egypte, le Royaume-Uni, la Libye, le Nigeria, et Trinité-et-Tobago. Historiquement, les contrats d’importation de GDF sont à 80% des contrats de long terme (7 à 25 ans). Dans ces contrats, l’importateur achète à un prix fixe mais quelque soient les volumes. Il subit le "risque volume" mais pas le "risque prix". Cette formule permet à l'importateur d'acheter le gaz à un prix toujours compétitif et à l'exportateur de s'assurer des débouchés. GDF Suez s’approvisionne également sur des marchés libres dits "spot", au Royaume-Uni ou en Belgique, où les prix sont définis en fonction de l’offre et de la demande.

Pour le consommateur, le tarif appliqué (41,10 euros le MW heure en juillet 2008) dépend donc des cours du pétrole car le coût d'approvisionnent sur les marchés mondiaux constitue 55% du prix final. Le reste du prix s'explique par d'autres coûts: transports (5%), stockage (5%), distribution (25%) et commercialisation (10%).