Le boom de la voiture de fonction

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Alors que le marché mondial de l'automobile est en fort recul, l'attribution des véhicules de fonction se généralise dans les packages de rémunérations variables. Il est monnaie courante de voir des annonces d’emplois du type "recherche un directeur commercial pour une de ses divisions... Salaire de base 90.000 euros selon profil + primes + voiture de fonction + avantages groupe".

De Sanofi-Aventis à L'Oréal, 91% des entreprises françaises attribuent une voiture de fonction à au moins un de leurs salariés, selon des études menées récemment par des professionnels du métier. Et sur un package de rémunérations variables, qui offre des avantages allant des frais médicaux aux plans collectifs d'épargne pour la retraite, la voiture gagne du terrain. En dix ans, cet avantage est passé de 3 à 6% du package. C'est encore un grain de sable dans l'ensemble des rémunérations variables, mais la voiture de fonction se démocratise. Au-delà des commerciaux et du PDG, des véhicules sont désormais attribués aux directeurs des systèmes d'information, du marketing, des achats ou des ressources humaines. Près de 88% des sociétés sondées étendent ce privilège à leurs cadres supérieurs. Et les PME s'y mettent.

Un coût plus favorable que la rémunération en espèces. Malgré la période de crise focalisée sur les réductions de coûts, les entreprises ont vite fait leur compte. Lorsqu'elles doivent se serrer la ceinture, elles sont tentées de remplacer une rémunération en espèces par une voiture qui bénéficie d'avantages fiscaux

C’est pour cette raison que les salariés français sont les moins susceptibles en Europe de se voir proposer une majoration de leur rémunération plutôt que l’avantage "voiture de fonction" selon une étude Watson Wyatt (mon emploeur). Le rapport indique que seulement 30% des employeurs français offrent une alternative financière à la voiture de fonction et que 4% remboursent les frais de déplacement. Mais la grande majorité – 66% – fournissent la voiture de fonction sans autre forme d’allocation possible. C’est une forte proportion par rapport à certains autres pays européens comme le Royaume-Uni, l’Irlande, la Norvège ou la Suède, où l’alternative monétaire à l’avantage "voiture" est plus fréquente et offerte à plus de 50% des salariés.

Cas typique: un manager, marié, 2 enfants, parcourant 15.000 kilomètres annuels, roulant au diesel et touchant 100.000 euros brut par an, pourrait disposer d'une voiture de 42.500 euros. Avantages fiscaux compris, l'équivalent brut de la voiture en rémunération s'élève à 18.553 euros par an selon une étude menée par Hewitt.

Cependant l'argument financier n'explique pas tout. Cet avantage en nature est un vecteur de motivation par rapport aux concurrents car il est visible alors que l'intéressement, par exemple, est beaucoup moins clair aux yeux d'un salarié.

Les cadres y semblent particulièrement attachés. "Les voitures sont des éléments puissants de négociation au cas par cas. A poste égal, elles font la différence", explique Claude Monnier, DRH de Monster France et Europe du Sud. "Une Audi A3 classique peut se transformer en berline Renault Espace haut de gamme à la signature d'un contrat. J'ai vu des cas où l'entretien d'embauche durait dix minutes, tandis que la négociation sur la voiture prenait deux heures".

A l'heure des malus écologiques, il y a également un enjeu d'image pour l'entreprise. Carrefour l'a compris. Doté d'une flotte de 550 véhicules, le groupe a développé une politique incitative destinée à ses cadres, libres de choisir le constructeur et le modèle du véhicule... à condition que son taux d'émission de CO2 soit inférieur à 200 g/km et qu'il soit doté d'un filtre à particules. Les collaborateurs peuvent aussi adopter un véhicule hybride ou propre. Dès lors, un budget supplémentaire leur est alloué sous forme d'options ou d'un congé solidaire environnement avec l'association Planète Urgence. De même, ils peuvent "troquer" leur voiture de fonction contre une allocation sous forme de salaire ou un avoir chez un loueur de courte durée pour un usage professionnel et privé.

Mais, au-delà du discours citoyen, la voiture reste un vecteur de réussite sociale et un symbole de liberté individuelle. "Comment dire à un directeur commercial qu'il roulera en voiture électrique?", interroge Claude Monnier, chez Monster. "Sur un marché en tension, dès que les cadres atteignent un poste clef, ils veulent disposer d'une voiture chère et puissante", ajoute-t-il.

Conclusion, la voiture en France représente une part de plus en plus significative de la rémunération globale. Alors que les salariés de certains pays se voient offrir "l’alternative financière", la majorité y compris la France préférera conserver l’avantage "voiture" en raison de l’efficience de l’impact fiscal. Définir la meilleure stratégie possible en matière de politique voiture est un défi pour beaucoup d’employeurs. S'agit-il d'un avantage spécifique lié à la fonction? S'agit-il d'un élément de rémunération à part entière? En 2009, les études montrent que l’alternative entre la voiture ou l’allocation voiture retient de plus en plus l’attention des entreprises en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique. C'est une question de fond à laquelle il est impératif de répondre, mais dont la réponse peut et va certainement bousculer les habitudes.