L'industrie musicale diversifie ses ressources

Guillaume Guichard

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Patricia Kaas en solde sur Internet. La chanteuse française va proposer son dernier album, "Kabaret", à prix cassé -6 euros!- à partir du 20 janvier et pendant un mois sur le site Vente-privée. A l'exemple de cette initiative inédite, l'industrie du disque cherche de nouvelles façons de vendre la musique face à la baisse rapide et inexorable des ventes de CD. Plusieurs modèles ont été présentés au Midem, le marché international de l'industrie musicale de Cannes. Revue de détail.

S'en sortir sans "major". Les artistes tentent des expérimentations loin des maisons de disque. Lors du MidemNet, le groupe de rock américain Nine Inch Nails a détaillé le lancement en ligne de son dernier opus, effectué sans maisons de disque. Les fans avaient le choix entre différentes formules. D'un téléchargement gratuit de 9 des 37 morceaux à une édition "Ultra Deluxe" dédicacée et numérotée à 300 dollars. Le groupe aurait récolté 1,6 millions de dollars en une semaine.

Les contrats à 360°. C'est la formule "tout en un". Grâce à ce type d'accord, l'artiste délègue la gestion de ses concerts, produits dérivés, sites internet et parfois même production d'albums, à une société d'événementiel qui n'est pas une "major". Madonna, U2 et le rappeur Jay-Z ont déjà souscrit ce type de contrat exclusif avec Live Nation, un organisateur de concert coté à la Bourse de New York. Les accords s'étendent sur de très longues périodes: 10 ans pour Madonna, 12 ans pour U2. Le principe est juteux pour les artistes: à la signature de son contrat Madonna a touché entre 120 et 150 millions d'euros. Ce, sans compter les pourcentages élevés qu'elle touchera sur les revenus liés aux concerts et au merchandising.

Les concerts. Contrairement aux ventes de CD, l'activité concert enregistre des niveaux record. En Amérique du Nord, les revenus liés aux concerts ont augmenté de 7% en 2008, atteignant 4,2 milliards de dollars. "Vu les difficultés du marché du CD, les concerts ont pris une importance grandissante: c'est une source de revenus directe pour les musiciens", explique André Nicolas, directeur de l'Observatoire de la Musique. C'est aussi un moyen de fidéliser les spectateurs, parfois à coups d'innovations et d'offres d'après-concert. Après la prestation de Raphaël à Bercy, les spectateurs pouvaient acheter à la sortie une clé USB sur laquelle était stockée le concert qu'ils venaient de voir.

L'homme-sandwich, ou "endorsement". C'est l'association entre une marque et un artiste. Après Johnny Hallyday et l'opticien Optic 2000, voici Jenifer et la Ford Ka, la dernière petite voiture de la marque américaine. Sa maison de disque, Universal Music, a décidé d'être très offensive sur ce marché. Elle a créé une nouvelle structure, U think!, pour approcher les annonceurs et leur proposer son catalogue d'artistes. Le groupe britannique Groove Armada a poussé la logique très loin. Une grande marque d'alcool lui financera l'enregistrement d'un disque et l'organisation d'une tournée.

La musique de pub. Après la série de spots publicitaires de 20h30, une petite mélodie vous trotte dans la tête. Vous savez, celle qui accompagnait le clip sur ce nouvel ordinateur portable. Après vérification sur internet, vous apprenez que l'artiste s'appelle Yael Naim. Attacher une chanson à un spot: cette stratégie, appelée synchronisation, est en plein essor. Elle permet à l'artiste et à sa maison de disque d'augmenter leurs revenus –un annonceur paie entre 20.000 à 30.000 euros pour une mélodie d'un artiste en fond sonore. C'est tout bénef pour la maison de disque qui promeut à gratuitement un nouvel artiste. Les majors ne veulent pas s'arrêter à la pub et tentent d'étendre cette stratégie aux jeux vidéo et au cinéma.

Les grandes surfaces. Et si la solution pour les artistes américains s'appelait Wal-Mart? Plusieurs groupes et chanteurs, comme Bruce Springsteen et AC/DC, ont misé sur le géant de la distribution pour lancer leurs nouveaux CD. Wal-Mart propose un réseau de distribution très étendu et entoure l'album de produits dérivés. Autant de revenus en plus pour l'artiste. Modèle 100% américain et difficilement transposable à l'Europe.

Quelle solution sauvera l'industrie de la musique? Toutes, peut-être.