Gaza-Israël : la guerre en ligne

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Depuis l'offensive contre le Hezbollah au Liban à l'été 2006, Israël sait que la guerre contre le terrorisme se joue aussi sur le terrain de la communication. Celle-ci a fait l'objet d'une préparation aussi minutieuse que les opérations militaires proprement dites. Il y a huit mois, explique le Guardian, suivant les recommandations d'un rapport sur la gestion de la guerre de l'été 2006 au Liban, le gouvernement israélien a créé le Directorat national de l'information (NID), une sorte de super agence de communication fonctionnant de façon transversale par rapport à tous les ministères dont elle coordonne le message. "Hasbara" -"explication" en hébreu- organise à ce titre toute la communication en ligne.

L'élément le plus spectaculaire de la propagande israélienne est sa présence sur YouTube. Les Forces de défense israéliennes (FDI, selon son label officiel) ont ouvert le 31 décembre leur propre chaîne sur YouTube où sont diffusées à intervalles réguliers des interventions de militaires appuyées par des images de bombardement. On reproche à l'aviation israélienne le bombardement d'une mosquée? "Exact, admet le major Avital Leibovich, qui "briefe" devant un écran géant, mais cette mosquée était aussi utilisée pour stocker des roquettes. D'ailleurs regardez bien ces images... Elles montrent des explosions secondaires (au bombardement) qui révèlent la présence de roquettes". L'armée israélienne multiplie ainsi les vidéos montrant des tirs de mortiers depuis une école gérée par les Nations-Unies, ou encore ce qui est présenté comme un transfert de roquettes dans une ruelle de Gaza... Et l'élimination des manutentionnaires par l'avion qui filme la scène. Ces images font de l'audience: ce seul clip a déjà été vu 325.000 fois et l'ensemble des vidéos hébergées sur "IDFNADESK" approchait dimanche 4 janvier au soir les 800.000 visualisations.

Comme si la guerre des images ne suffisait pas, le consulat d'Israël à New York a tenu une conférence de presse sur Twitter. L'usage de Twitter est une nouveauté. C'est une réponse à la montée en puissance de ce service de micro-blogging, notamment révélée par les récentes attaques terroristes à Bombay. En principe, la limitation à 140 signes des entrées sur Twitter est propice à la concision; revisitée par la diplomatie israélienne, les "twits" sont le vecteur idéal pour une langue de bois calibrée (le tout est d'ailleurs remis en forme sur le site Israelpolitik en fait dédié à l'opération "Plomb Durci").

De la même façon, des anonymes actualisent constamment la rubrique de Wikipedia (US) intitulée "2008-2009 Israel-Gaza conflict". Un pictogramme, apposé par les éditeurs de Wikipedia, prévient avec un sens certain de la litote, "The neutrality of this article is disputed". Un clic vers la page de discussion révèle l'ampleur de la difficulté d'informer sur le sujet: pas moins de 68 thèmes de litiges, dûment référencés, et qui génèrent l'équivalent de presque 300 feuillets d'échanges argumentés (dont plusieurs dizaines de pages de contestation simplement sur le titre de l'article en question).

Coté palestinien, l'usage des médias numériques est plus chaotique. Les opposants à l'attaque israélienne sont massivement présents sur Facebook avec, dans les dix premiers groupes, huit pro-palestiniens totalisant... 330.000 membres! Ils ont aussi investi la blogosphère avec du live blogging comme celui de Sameh Akram Habeeb, un fixeur-traducteur de 23 ans, qui tient le blog Gaza Today ou des sites éditoriaux tenus par des journalistes comme Electronic Intifada.

Tout comme pour les attentats de Bombay, les médias traditionnels se trouvent aujourd'hui largement concurrencés par l'internet. Cette fois, non seulement le "contenu généré par les utilisateurs" donne, des deux côtés, un aperçu unique (et militant) sur ce qui se passe, mais un état, pour les besoin de sa communication et de sa diplomatie, a mis la main sur ces nouveaux vecteurs.