Les idées fausses de 2008

Jocelyn Jovène

— 

La crise financière sera transitoire. C'est une des croyances des investisseurs en ce début d'année 2008. Les difficultés des banques exposées au "subprime" devraient rester contenues au secteur financer. En outre, les autorités monétaires veillent, notamment aux Etats-Unis où la Réserve fédérale a enclenché son mouvement de baisse des taux d'intérêt.

La récession, si elle se confirme, sera de courte durée. L'intervention de la Fed, les baisses de taux décidées par l'administration Bush, la faiblesse du dollar et une baisse modérée des prix de l'immobilier devraient permettre à l'économie de relativement bien résister aux difficultés qui se font jour dans la finance mondiale. Le scénario dominant est celui d'une croissance éconmoique "faible" en 2008 et en 2009, après 5 années de quasi-surchauffe.

L'inflation est en fait l'un des sujets de préoccupation des intervenants du marché. Elle repose en grande partie sur l'envolée du prix des matières premières, qui sera une réalité jusque début juillet. Cette inflation "importée" est en grande partie expliquée par les croissance des pays émergents. Ces pays vivent un cycle de croissance très rapide, alimentée par des taux d'investissement record, leur rôle d'atelier de l'économie mondiale qui booste leurs exportations, et l'accumulation de réserves de change qui facilitent leur financement de leur développement.

Le découplage des pays émergents est l'un des grands sujets de discussion de ce début d'année. La croyance quasi générale est que les "BRIC" (Brésil, Russie, Inde, Chine) vont bénéficier du développement d'une classe moyenne, et que la consommation intérieure et l'investissement vont prendre le relais des exportations pour assurer leur développement économique.

Les actions poursuivront leur mouvement de hausse. C'est en fait la classe d'actifs par défaut, la seule présentant un niveau de valorisation considéré comme raisonnable. Malgré cinq ans de hausse de la Bourse, la valorisation des actions est jugée raisonnable et devrait profiter d'un environnement économique relativement solide. Toute baisse des actions est alors considérée comme ponctuelle. Car la profitabilité des entreprises devrait résister et les actions suivront le rythme de croissance de l'économie mondiale, estimée alors entre 8% et 9% en rythme nominal. Ce sentiment sera dominant jusqu'à la publication des résultats semestriels, même si les indices boursiers de la planète sont orientés à la baisse.

Le marché aligne les uns après les autres des "bear market rallyes", brefs mouvements de forte hausse dans une tendance baissière. 2008 en vivra plusieurs: après le rachat de Bear Sterns par J.P.Morgan en mars-avril, ou après l'annonce d'un plan de sauvetage coordonné du système bancaire mi-octobre.

La diversification des portefeuilles est efficace. Selon la théorie financière, un portefeuille bien diversifié, donc investi dans différentes classes d'actifs, est moins risqué. Ce thème va voler en éclat avec l'approfondissement de la crise financière. Tout au long de l'année 2008, et en particulier après l'annonce de la faillite de Lehman Brothers, les investisseurs n'auront qu'un seul mot d'ordre à l'esprit: fuir le risque. Ils seront donc prêts à vendre à n'importe quel prix les actifs risqués (actions, obligations d'entreprises, titres de crédit ou monétaires) pour se réfugier vers les produits les plus liquides (cash, obligations d'Etat à maturité courte), en attendant que la tempête passe.