AXA IM prévoit une année difficile

Jocelyn Jovène

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"La gestion d'actifs vit une crise de 'foie' et une crise de 'foi'. La première a été provoquée par un excès de liquidités; la seconde, par le discours ambiant relatif à la crise financière et à la récession. Dans cet environnement, notre modèle 'multi-experts' a fait preuve de résistance", a commenté de façon imagée Dominique Carrel-Billiard, le directeur général d'AXA Investment Managers, au cours d'une conférence de presse mardi 3 mars.

Le dirigeant a rappelé que l'an dernier, environ 10% du stock mondial de richesses – estimé entre 100.000 et 130.000 milliards de dollars – s'est évaporé avec la seule chute des Bourses mondiales. La capitalisation boursière mondiale a en effet fondu de 10.000 milliards de dollars l'an dernier, reflétant les effets de la crise financière et de la récession. Une récession qui est passée du statut d'hypothèse début 2008 à celui de quasi-certitude à l'été, avant de devenir réalité à la fin de la même année.

En Europe, l'argent géré par l'industrie de la gestion collective a baissé de 25%, tandis que l'encours géré par AXA IM a diminué de 12%. Fin 2008, la société gérait 485 milliards d'euros. Son chiffre d'affaires n'a baissé que de 6% à 1,33 milliard d'euros, grâce à de bonnes commissions de performance. De même, son résultat opérationnel n'a reculé que de 2% à 271 millions d'euros, grâce à la diminution du coefficient d'exploitation, qui mesure l'efficacité opérationnelle de la banque (une baisse de ce coefficient signifie que la société couvre mieux ses frais fixes). L'effectif d'AXA IM a, durant la période, légèrement augmenté, passant de 2.919 personnes à 2.999 collaborateurs.

Notant que la chute des encours s'est accélérée au cours du quatrième trimestre 2008. Dominique Carrel-Billiard a d'ailleurs estimé que "l'année 2009 sera plus difficile que 2008". "Début 2009, les distributeurs de fonds n'ont pas repris de risque actions", a observé Nathalie Boullefort-Fulconis, responsable de la distribution. Les distributeurs représentaient 15% des actifs gérés par le groupe fin 2008, les institutionnels 21% et les fonds provenant de la maison-mère, 64% (contre 57% un an plus tôt).

Interrogé sur l'impact sur l'industrie du rapprochement entre Crédit Agricole Asset Management (CAAM) et Société Générale Asset Management, Nathalie Boullefort-Fulconis a estimé qu'à court terme, cela pourrait créer des opportunités commerciales. "En termes de structure de coûts, la position de SGAM-CAAM ne me semble pas être très supérieure à celle d'AXA IM", a jugé pour sa part Dominique Carrel-Billiard. Plus généralement, en matière de croissance externe, AXA IM "a déjà une plate-forme solide". Une acquisition doit être analysée au regard de la création de valeur et des synergies qui peuvent en être tirées. Le dirigeant a néanmoins indiqué avoir regardé "quatre ou cinq" dossiers, en France et à l'étranger. Pour l'essentiel, ce sont les candidats à la reprise qui sont venus solliciter le groupe.

Les dirigeants d'AXA IM ont également estimé que les pratiques de la société de gestion en matière de rémunération des gérants et opérateurs de marché étaient en ligne avec les dernières recommandations de la Fédération Bancaire Française (FBF). "Notre rôle est l'accompagnement des clients dans la durée. L'objectif logique d'un gestionnaire d'actifs qui veut se développer dans la durée est de ne pas introduire d'asymétrie dans la prise de risque entre lui et son client", a souligné le patron d'AXA IM.