Le jargon de la crise

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Depuis l'éclatement de la crise financière le 15 septembre dernier et son extension à l'économie réelle, impossible, à moins de s'enfermer dans son appartement sans contact avec aucun média, d'échapper à certains mots barbares: le jargon de la crise. En voici quelques exemples:

Crise: du verbe grec "krinein": séparer, juger, décider. Le mot crise est d'abord utilisé en médecine pour décrire un état critique, "le point tournant d'une maladie". En économie, la crise est le processus de retournement d'un cycle économique favorable. Depuis 2000, l'économie mondiale progressait de 3% en moyenne. En 2009, la croissance du PIB mondial devrait s'établir à seulement 0,5%.

Taux de croissance du PIB dans le monde (FMI)

Récession: Du latin "re" – en arrière – et "cedere" – aller. Traditionnellement, la récession correspond à la phase baissière du cycle de l'activité économique. Au sens technique, la récession se définit par la baisse du PIB (produit intérieur brut) durant deux trimestres consécutifs. Au sens strict, la récession est donc un déclin temporaire de l'activité économique.

Dépression: du latin "deprimere" (déprimer). La dépression est plus grave que la récession car elle implique une baisse cumulée de plusieurs indicateurs économiques, le tout selon un cercle vicieux. Le fléchissement de la demande (investissement et consommation) entraîne une baisse de la production qui génère une moindre distribution de revenus donc une nouvelle baisse de la demande, etc. Le recul de la production s'accompagne de la montée du chômage et de la baisse des prix.

Déflation: processus généralisé de baisse des prix. Une baisse des prix n'est pas alarmante. Mais si elle entraîne une baisse de la production, de la demande et de l'emploi, cette baisse des prix devient dangereuse pour l'économie. Elle est parfois menée comme politique publique pour faire baisser les coûts.

Inflation: augmentation généralisée des prix (la demande est supérieure à l'offre).

Désinflation: ralentissement de l'inflation. La hausse des prix se modère mais ne devient pas nulle ou négative (déflation).

Croissance: A l'opposé de la dépression, se trouve la croissance, caractérisée par une période durable d'augmentation du PIB (produit intérieur brut), principal indicateur de la création de richesse d'un pays.

Dépréciation: perte de valeur d'une monnaie par rapport aux autres monnaies. Elle résulte des mécanismes du marché. Le cours d'une monnaie baisse lorsque les investisseurs achètent moins de marchandises ou de titres libellés dans cette monnaie. Cela signifie alors que le détenteur de cette monnaie obtient moins de l'autre monnaie échangée. La monnaie perd son pouvoir d'achat d'autres devises (elle permet d'en acheter moins).

Protectionnisme: politique économique consistant à favoriser les activités d'un pays par rapport à la concurrence étrangère en établissant des barrières à l'entrée des marchandises, des personnes ou des capitaux dans un pays. Dans la théorie libre-échangiste, le protectionnisme est néfaste à la croissance car il empêche une allocation optimale des ressources. Un pays doit produire là où il est le plus compétitif et importer les marchandises produites à meilleurs coûts ailleurs. Toutefois, l'économiste allemand Friedrich List, a développé au 19e siècle une théorie justifiant le protectionnisme pour "les industries naissantes". Cette théorie a été largement appliquée jusqu'à récemment dans les pays asiatiques (Corée du Sud, Japon, Chine, Inde) qui ont protégé leurs industries non compétitives derrières des barrières commerciales élevées avant de s'ouvrir au marché.

Licenciement économique: Suppression d'emploi pour des raisons de mauvaise santé économique de l'entreprise ou de nécessité d'adaptation d'une entreprise à une modification substantielle de son environnement. Selon l'Article L321-1 du code du travail: "licenciement effectué par un employeur pour un ou plusieurs motifs non inhérents à la personne du salarié résultant d'une suppression ou transformation d'emploi ou d'une modification, refusée par le salarié, d'un élément essentiel du contrat de travail, consécutives notamment à des difficultés économiques ou à des mutations technologiques."